LE BAS-BLElj.
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pieds; la voilà qui brise le vers, qui l’ajuste, qui commande même à la rime ; en vérité,les vers que fait cette jeune fille ont beaucoup des conditions de la poésie, celaest sonore, harmonieux, cela ne manque ni de grâce ni d’éclat. Vous pensezS| l’étonnement de cette enfant est immense, si sa joie est incroyable, si elle n’estPas toute prête à se dire : Moi aussi, je suis un grand homme! Elle reste im-mobile de joie devant sa première élégie, comme une autre fille de son âge reste-rait agitée de bonheur sous le premier baiser de l’amant adoré. De ces deuxJeunes filles, l’une abusée par la poésie, l’autre séduite par un amant, celle que jePlains le plus, c’est la première; la poésie est une maîtresse redoutable, sonautour est un faux amour, ses caresses sont d’abominables morsures; la jeune fillefiui n’aime que son amant ne risque, à tout prendre, que sa bonne renommée etsa vertu; la jeune fille qui s’abandonne à cette poésie sans frein et sans nom,e °mnie on la fait de nos jours, risque à la fois les qualités les plus précieuses( ' e sou âme, les penchants les plus rares de son esprit, les dons naturels les plusAlarmants. L’homme qui séduit une fille peut, à tout prendre, l’épouser et luiren <lre l’honneur; il adopte l’enfant, il veille sur les deux êtres qui se sont fiés àSa probité et à son amour; mais la poésie, fatal amant, qui ne tient jamais ses pro-messes, épouse adultère qui ne reconnaît jamais les enfants de son crime, feuP e rfide qui brille sans donner de flamme, elle amène avec elle le désenchante-ment, l’ennui, le désespoir, presque toujours la misère; il faut être très-fort pour* es supporter sans en être brisé, ces rudes assauts du démon poétique. Voilà juste-ment ce qu’une pauvre jeune fille ne peut pas savoir. Elle s’abuse elle-même sur1 mstinct qui la pousse, elle ne voit pas de quelle déception elle est le jouet, elleSc dit à elle-même, la pauvre enfant : C’est là du moins un chaste et honnête amour!••élus! elle ne devine pas que cette occupation de faiseur d’élégies n’est, à toutPrendre, qu’une des cent mille tromperies de l’amour et des sens.
Oui, certes, je le répète, mieux vaut, même en morale, mieux vaut l’enfant qui°béit librement à sa vingtième année, qui s’émancipe avec celui qu’elle aime, quis a Ppuie sur un bras ferme et loyal, qui porte l’amour heureux dans son sourire, danss °u geste et dans son regard, mieux vaut l’enfant heureuse et bondissante sous' es transports naturels de son cœur, que cette autre jeune fille pensive, courbéeav ant l’âge, versant des pleurs sans motif, poussant des soupirs sans objet, malheu-•euse créature qu’abandonnent le sommeil et l’appétit, qui ne trouve de joie et dele P«s nulle part, et qui se perd, non pas pour mettre au monde un bel enfant'•'* elle aime et qui la venge par ses caresses du mépris et de la trahison de sonP ere ) mais pour accoucher honteusement de quelque roman avorté, de quelqueP°6ine informe, embryon mutilé, conçu sans plaisir, enfanté sans gémissements etSails douleurs. Hélas! nous avons sous les yeux toutes sortes de tristes exemples deCe lle prostitution de la pensée. N’avez-vous donc pas vu passer, un jour d’hiver, parReneige froide qui tombait à petits flocons grisâtres, suivie de deux ou trois hommes,11 e portàientpas le deuil, le corps exténué de celte pauvre fille dont vous ne savez
J a plus le nom? Elle aussi, elle avait abandonné sa calme province, son humble fa-ll| He, l’église où elle allait entendre la messe le dimanche, les amitiés faciles qui lui