LE BAS-BLEU.
225
c,ll( l hommes d’éJile de l’Académie française , l’Académie du lieu n’a-t-elle pas lacruauté de couronner cet enfant en plein public? Le Journal des Débats du dépar-,e *nent n’a-t-il pas hâte d’imprimer ces beaux vers, faute de domaines h vendre oude maisons a louer? C’en est fait, le viol est consommé, viol public, authentique, in-contestable; voila à tout jamais une fllle perdue. Arrive cependant le jour de sa ma-jorité; comme elle est belle, recherchée et assez riche, d’honnètes partisse présentent :
conseiller de préfecture demande sa main, le fabricant de tapis la réclame pours °n (ils; plus d’un bon gentilhomme retiré dans son château serait heureux et fierd’en faire une comtesse ou lout au moins une baronne; mais elle, un poète, un poètelauréat, se marier à ces gens-là, rester enfouie dans une province, vivre de la vieheureuse et calme des honnêtes gens qui l’entourent, fl donc ! autant dire à l’aigle :*u vas habiter la basse-cour. Ainsi elle attend, dans son orgueil, d’abord des maris•uipossibles et ensuite des maris qui ne veulent plus venir, jusqu’à ce qu’en fin, un beau'Ualin, arrive dans la petite ville en question quelque comédien ambulant et chauve,Quelque peintre barbu et mal peigné, quelque artiste mélancolique qui fuit le mondeet ses créanciers. Aussitôt voilà notre muse qui s’exalte elle-même, la voilà qui se pas-S| onne pour cet être incompris; son âme a trouvé enfin le frère de son âme. LePeintre fait son portrait, le comédien déclame devant elle son rôle le plus infernal ; lePeêle incompris répand en silence des larmes qu’il a soin de laisser voir ; à tous cess °upirants, elle répond, mouillée de larmes, par des vers brisés comme son âme ; dansces vers, elle leur dit : Je l’aime, (juiilons la ville, fuyons au désert ; et la voilà partieP°ur ne plus revenir, la voilà qui se jette à corps perdu dans le vagabondage poé-ll( |Ue. Son père meurt de chagrin et de honte, la mère de famille suit le père aul °rabeau ; elle, alors, en bonne lille , elle rime une tendre élégie sur la mort de sonP ere , elle écrit en vers l’épitaphe de sa mère, elle vend à vil prix l’humble héritage*J Ul faisait vivre toute la famille, trop heureuse encore si elle est épousée par cetart 'ste fatal qui s’est attaché à sa vie. Comment cela finit-il? Demandez-le à M. le^'listre de l’intérieur; cela finit, et c’est la plus heureuse fin, par un secoursati nuel et précaire de 600 livres, contre lequel les puritains de la chambre des dé-Phlés se débattent avec grand fracas tous les ans, au retour du budget.
Ce sont là, sans nul doute, des tableaux bien sombres, mais vous pouvez être sûrs^ u ’ils sont vrais. Voulez-vous maintenant que nous passions dans une atmosphèreP* Us humaine? la chose nous sera facile. Après avoir expliqué le mot bas-bleu dansS °® acception lapins triste, nous n’en aurons que plus de joie à reconnaître lah r âce simple et naturelle, l’esprit sans fard et sans fiel, le goût net et pur de lae,a me, jeune ou vieille, qui aime les beaux-arts pour eux-mêmes et pour elle-même;Ce lle-r a encore sera, si on le veut, un bas-bleu, mais un beau petit bas de soie brodé
Çl V , 1 1 1 1
■hen tiré, sous lequel se dessine une jambe faite au tour. Non certes, dans celte
^clamaticm furibonde et loyale de tout à l’heure, nous n’avons pas prétendu que
6 domaine des lettres et de la pensée devait rester fermé pour les femmes ; mais
”“ Us a vons soutenu, avec la chaleur d’une conviction presque chrétienne, que leOlffif'
à l a
ode et cruel métier des lettres n’avait jamais été et ne sera jamais un métierPortée des femmes. La femme est le juge le plus sûr de toutes les joules et