LE BAS-BLEU. 227
cr ivuin malade accepta sans hésiter le secours qui lui venait. Pendant six mois ilf “t remplacé par cette plume élégante et line ; et telle était sa conGance dans cet ami'nconnu, qu’il ne chercha même pas a savoir son nom. Il acceptait, souvent sans'es lire à l’avance, ces beaux chapitres de littérature et de morale qu’il était lier
signer. Ainsi il sauva sa position, a laquelle il tenait; la santé lui revint avec' espérance. Mais vous pouvez juger de sa joie quand il vint à découvrir que ce loyalel mystérieux compagnon de ses travaux, de ses opinions, de ses pensées les plusUltimes, était une jeune Allé belle et simple, élevée dans toutes les austérités del’Evangile , lisse virent, ils s’aimèrent, ils s’épousèrent. Appuyés l’un sur l’autre, ilsPassèrent tous les mauvais jours, ils accomplirent en commun leur lâche commune; ilsSe mirent, elle et lui, aux ordres des libraires, pour faire des traductions, pour faire'les histoires, pour écrire des prospectus et des revues. 11 dictait, elle écrivait; oubien elle dictait à son tour, il écrivait sous sa dictée. Braves gens, courageux, dévoués,ardents, infatigables, ils ne se doutaient guère des destinées sévères et grandes qui
Paient réservées au nom illustre qu’ils fabriquaient à eux deux.La mort fut
Jalouse de cette héroïque persévérance contre l’adversité; elle vint enlever a cethomme le compagnon de génie qui lui était échu en partage; celle femme mourutcalme et tranquille. Elle avait résolu la première et toute seule ce problème tantcherché de nos jours, une bonne femme qui serait en même temps un grand écrivain.
Quant au bas-bleu qui aime les belles-lettres sans avoir jamais rien écrit, il nous estImpossible de ne pas reconnaître que l’amour du beau langage, la passion pour lesbeaux vers et pour la noble prose, la chaste émotion que donnent les livres bienfaits, a toujours été et sera toujours parmi les honnêtes gens une passion digne'l’estime et de respect. En général, les femmes sont toujours un peu dans l’extrême,e Hes n’aiment pas, elles adorent; elles ne louent pas, elles exaltent, baissons-leur'loue adorer comme elles l’entendent les productions de l’esprit; laissons-les s’oc-cuper à leur guise de la comédie de demain, du roman d’hier, du discours d’au-jourd’hui : non-seulement le bas-bleu dont je parle n’a rien d’odieux, mais aucontraire il est aimable, bon compagnon et plein de grâce; le bas-bleu du grand monde,*les riches et des oisifs, n’est pas loin d’avoir trente années, bien ou mal comptées ; il atraversé, sans y laisser trop de plumes, les ronces et les buissons fleuris de la jeu-nesse ; il a plus d’esprit que de cœur; il s’est marié de bonne heure â une brave créature'lui a pris pour sa part l’ambition, les honneurs, l’argent, le positif de la vie. Notre'Ionie au bas-bleu, trouvant son mari si exact et si profond géomètre, aurait bienv °ulu prendre pour elle-même ce qu’on appelle de nos jours le rêve, la poésie et* idéal ; mais elle avait pour jouer ce rôle fastidieux des grands soupirs et des clairs delu ne, uop d’esprit, de probité et de bon sens. La femme bas-bleu n’a pas eu le temps( ' e faire l’amour, elle a passé tout a côté en s’en moquant un peu; et maintenantGu’elle est presque au port, elle se félicite de n’avoir pas affronté la tempête, encomptant tous les naufrages qui ont grondé et qui grondent encore autour d’elle.
Cependant, il faut â la vie de cette femme une occupation, sinon un but; bien‘lu elle soit heureuse, elle trouve souvent que (ajournée est longue, et elle se choisit"ne passion à la taille de son esprit et de son humeur. Sa voix est agréable et douce ;