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LE BAS-BLEU.
le piano d’Érard, ce noble instrument qui suffit à toutes les passions et a tous le’tumultes de l’âme, se laisse dompter volontiers par elle. Elle pourrait être un®musicienne écoutée et applaudie : oui, mais elle a peur des grands succès de salon,cette musique de société lui déplaît et la fatigue; elle est trop fière pour se ineli |Ca amuser toute sa vie, de ses chansons, les beaux messieurs qui écoutent à peine, l eSbelles dames qui n’écoutent pas. Elle fera donc de la musique pour elle toute seuledans ses moments de solitude et d’ennui; elle pourrait, il est vrai, demander toutessortes de distractions â la peinture, car elle a reçu des leçons de Tony Jobannot etM. Steuben, car elle a deviné confusément quelques-uns des mystères de la formeet de la couleur ; oui, mais toute la cuisine de la peinture, ces détails d’huile grasse,de vessies, de palette, de modèles crasseux, ont bientôt rebuté l’aimable femme'alors que fait-elle? Elle s’avise que son esprit est net et vif, sa conversation éle*gante et variée. A ces causes, elle ouvre son salon comme un bel et bon eudrodde causerie et d’urbanité; elle l’ouvre â peu de gens, car elle veut que ce soit ! aune faveur enviée et recherchée, d’être reçu par elle. Son salon est petit, le nomb ,ede ses amis est choisi, les gens qui viennent l'a sont dégagés de toute espèce d’amh*'tion; ils ont renoncé a l’amour, à l’intrigue, à la faveur; ils vivent tout simpl^"ment pour être heureux et calmes. Ils regardent de loin, non sans sourire de p |lie ’les agitations lamentables de la foule; donc, on se réunit, on se regarde, on cause,et, tout d’abord, on s’occupe des productions de la pensée et de l’esprit. Le théâtretient une grande place dans ces discours, le livre imprimé arrive â son tour; P el1à peu, comme on y prend goût, on finit par déterrer quelque poêle inconnu, il ? e °a partout, et ce poète inconnu consent bien vite à quelque lecture. La lecture d* svers inédits est le grand écueil du salon d’un bas-bleu, beaucoup de salons y sUtcombenl, mais ceux qui se tirent de ce péril sont bien heureux et bien forts. Q lialdonc les vers inédits ont été chassés de celte heureuse maison, par l’ennui d’abordjpar la maîtresse de la maison ensuite, tous les gens de bon sens viennent frapp e, acette honnête porte, tant on est sûr de trouver en ce lieu une causerie facile etvariée; chaque jour l’influence de ce petit salon grandit et se propage; on y j ll r eles choses et les hommes avec indulgence ; on ne parle pas des livres qu’on n’a P aSlus, et des comédies qu’on n’a pas vues; on n’envoie pas chercher, pour en fa"un sujet de vague curiosité et pour lui donner des bracelets de trois louis, latragédienne qui débute; on la laisse à son théâtre, où elle est beaucoup mieux aplace. Bref, on évite le bruit poétique, on a en horreur l’appareil littéraire, onfait petit et caché, et c’est justement pourquoi on vient â vous, pourquoi on v ° llSrecherche, pourquoi on vous aime. Quand cette femme comprend tout le prix fi u ül *attache a son sourire et à sa louange, elle s’estime heureuse d’encourager le lalemodeste, de tendre une main bienveillante à l’artiste sans fortune, de prendiemain la défense des renommées outragées, des gloires insultées. Tout jeune hou in,e
qui commence, tout talent qui se débat encore contre l’indifférence de la
foule,
peut venir en toute sûreté s’abriter à celte ombre aimable et bien veillaule
fit»
reiiil
comme la poésie est reconnaissante de sa nature; pour tous les soins que luicelte femme, la poésie l’entoure de louanges non suspectes,'de flatteries délicates