LE TAILLE U H.
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•ras. C’est au Palais-Royal que rayonne aussi sous la vitre du bijoutier le complé-ment indispensable des babils militaires ou diplomatiques, les croix, les ordresétrangers, les rubans de francs-maçons. Un secrétaire de légation qui ne brillait pasParle choix et l’élégance de ses vêtements (chose assez rare, il faut le reconnaîtredans le corps diplomalique ), reçut dernièrement la croix d’honneur sans l’avoirsollicitée. « C’est pour habiller ce pauvre B..., » dit son ministre.
Un de nos littérateurs les plus distingués avait trouvé bon de nourrir chez lui parhumanité un jeune homme qui lui servait de copiste. Ce jeune homme pouvait nePas manquer de littérature, mais certainement il manquait de linge. 11 en résultaque peu a peu certaines cravates du littérateur disparurent, après les cravates vin-''cnl les gilets, après les gilets, les pantalons. Les éclipses progressives effrayèrent lelittérateur, il se résolut à mettre a la porte le copiste. Le copiste lui adressa un cartel,l’arme proposée par lui était le pistolet. L’homme de lettres, après avoir fait de nou-veau l’inspection de sa garde-robe, répondit au copiste :
» Monsieur,
« Je me vois dans la cruelle nécessité de refuser ta partie que vous voulez bienme proposer. Vous possédez plusieurs objets de toilette qui m’appartiennent ; vousconviendrez que je ne puis aller sur le terrain pour tirer contre moi-même etdétériorer ma garde-robe. Autant vaudrait me suicider.
« J’ai l’honneur, etc. »
Le tailleur de campagne habille M. le maire, le maire-adjoint, qui est charron ouserrurier de son état, les gardes champêtres el les gardes nationaux. Il s’intitule ordi-nairement : un tel, tailleur à la mode de Paris . On le reconnaît a sa petite veste dechasse à boutons de corne, son amour pour la grande armée, et son zèle en faveurde la garde communale. Il reluqueles gros propriétaires de l’endroit, et travaille gratisPour leurs valets de chambre ou leurs cochers, aün d’avoir la pratique du maître. Lasoutane du curé lui revient encore de droit, ainsi que les coutures dont peut s’ho-norer la chasuble antique des chantres. C’est chez cet homme que babillent le soir'es commères, entre un geai et un porteballe qui apporte a point nommé au tailleur* e s échantillons de la ville. Les livrées de château et de paroisse lui passent toutes par'es mains. 11 habille les paysans pour la fête du canton, et les affuble de costumesa,, ssi étranges que les habits noisettes d’Odry ou d’Alcide Tousez . Son enseigne con-serve la pureté primitive; elle offre d’ordinaire l’image pieuse de saint Martin7 !( i partage son manteau avec un pauvre, ou celle des Ciseaux volants, qui prêleinelque peu a l’épigramme. Poursuivi par les envieux commérages du perruquier°n du bottier, ses ennemis naturels, le tailleur de campagne achève en paix sa car-r >ère ; il meurt le pardon sur les lèvres, en recommandant a son fils de l’enterrerconvenablement ; en mourant il murmure encore un couplet sur les ciseaux de lal‘<' | i'quo.