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Tome cinquieme.
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LE TAILLEUR.

position plus naturelle, et il se consacre tout entier à la coupe. Encore un peu d’augmenlatiuu

dans ses affaires, et sa femme, se livrant à la vente, fait l'article avec succès. Bientôt, monsieur,il faut prendre un employé, puis deux, puis trois. Mais sans nous arrêter à une maison ordinaire»passons tout de suite à une maison de premier ordre, et voyons-en l'état-major.

« Le chef se réserve en général la coupe des habits, mais dès qu’il est un peu ancien dans lesaffaires, il se fait aider par un jeune sous-chef, qui doit lui succéder un jour.

« Voici maintenant la liste des employés chefs de service

« Coupeur de pantalons, coupeur de gilets, coupeur de livrée, apprèteurs, coureurs, chef d’ate-lier, commis de magasin, teneur de livres.

« Parlons d’abord du coupeur de pantalons.

« Qu’il soit né en Gascogne ou en Normandie , qu’il soit Basque ou Picard, le coupeur de pauta-Ions arrive toujours d’Angleterre, où, par parenthèse, on les coupe fort mal, et où le tailleur enréputation pour cette partie du costume est un Français .

« S’il vous est donné, monsieur, de pénétrer dans le sanctuaire où il s’enferme, et à quelque heuredu jour que vous vous présentiez, vous trouverez infailliblement le coupeur de pantalons au'prises avec une botte. Il la tourne et retourne en tous sens... Une anxiété pénible est peinte surson visage. Il est là, ajustant sur celte botte fatale, au moyen d’un sous-pied fixe ou cousu, un ba*de pantalon rebelle. Mais en vain il place le sous-pied en avant ou en arrière, en vain le carreau,puissant auxiliaire, lui prête son secours pour tendre ou rentrer l’étoffe, un pli, pli atfreux, iniag 4 'd’une vis ou d’un tire-bouchon, reste là, toujours là, malgré scs efforts. 11 y pense le jour, 1pense la nuit; et si la fatigue le fait enfin céder au sommeil, un songe pénible le met de nouveau au*prises avec la fatale boite! Mais celte fois, au lieu de cette chaussure si fine et si délicate que liraa"sait faire, c’est une botte immense, démesurée, au talon aigu et à moitié tourné. Elle s’avance stului la tige haute et les tirants dressés, et il l’entend s’écrier ; Un pantalon sans plis ! saisi d’hot-

reur, il veut se soustraire par la fuite à ce monstre hideux ; hélas ! vaine tentative ! son ennenu,plus prompt que l’éclair, s'élance, le renverse, et, se posant fièrement sur sa poitrine, repè^'d’une voix qui rappelle le craquement d’une botte sur le parquet : Un pantalon sans plis !...

« Tout autre, au réveil, prendrait ses ciseaux, et d’une main vengeresse lacérerait boites et p°"

talons ; mais Dieu a donné au coupeur toute la patience du génie.Il reprend donc ses travau*

sans la moindre hésitation. Aussi, digne récompense d'une si noble ténacité, parvient-il, après njours d’efforts constants, à atteindre enfin ce chic, tant recherché de nos élégants, c'est-à-direforme si gracieuse (.et sans plis) d’un tuyau de poêle!...

« Le coupeur de gilets et le coupeur de livrée sont ordinairement d’anciens tailleurs qui, n’aya' 1pas réussi, aiment mieux, exempts de tous soucis, être coupeurs spéciaux dans une grande nia-

son que de tenter de nouveau la fortune.

«.Le coupeur de livrée ne laisse pourtant pas d’avoir quelques ennuis. Son nom ' 01IS

indique suffisamment, monsieur, à quelles personnes il a particulièrement affaire ; mais n’allez P®‘en conclure pour cela que c’est un homme dépourvu de talents et dont on fasse peu de cas. F* 111loin de là, je vous assure, car les gens de maison sont de leur nature fort exigeants, et d’autant pdifficiles à satisfaire que leurs désirs sont presque toujours en raison inverse des ordres donn c ^par leurs maîtres. Il faut donc au coupeur de livrée assez d’habileté et d’intelligence pouffaire à la fois ces deux pouvoirs opposés. En principe général, pourtant, il obéit d’abord, et a'<tout, aux volontés des domestiques, puis après, et autant que possible, aux ordres donnés pa*maîtres. Il serait trop long de vous dire ici les motifs qui le font agir ainsi ; mais croyez-envieille expérience personnelle, il faut à tout prix satisfaire ces messieurs. Si le cocher est me

qu'il voulait avoir S 0/0 sur ses fournitures. Irrité du refus de celui-ci d'acquiescer à cet arrangcnien >prit du vitriol, en frotta tontes les coutures et le tour des boutons de chaque habit. Il se liait sans <à cette belle vengeance, car tout se déchirait comme à plaisir. Malheureusement pour lui, son ma 1quoique grand seigneur, avait eu une première jeunesse assez échevelée pour se connaître en roueriescette nature, et, appréciant ce changement subit, il fit venir son valet de chambre. « Voilà quelque ternilui dit-il, que mes habits se déchirent et (|ue mes boutons s'en vont; si cela continue, je vous chas» 1Depuis ce temps le valet de chambre saluait le tailleur profondément dans la rue.