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Tome cinquieme.
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LA PREMIÈRE AMIE.

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Pour de nouvelles amours, quand elle ne sera plus que votre amie enlin, elle nevoudra point se lier à un autre; elle n’aura pas trop de toute sa liberté, de toutson temps pour penser encore a vous.

Si l’on me disait : « Pourquoi la quittez-vous, celte femme chez laquelle vous>'vez trouvé un amour sincère, un dévouement de tous les instants, un désintéres-sement si rare? cette femme pour laquelle vous avouez vous-même avoir éprouvé"n véritable sentiment? » je vous répondrais : « La constance n’est pas notre vertu fa-vorite; et puis, vous admettez bien qu’un homme doit voyager, voir du pays, courirle monde enfin pour acquérir de l’instruction, de l’expérience, pour étendre sesconnaissances; pourquoi donc ne trouvez-vous pas qu’il a raison de changer d'a-mours, de courir de belle en belle pour étudier le cœur féminin, pour acquérir desconnaissances précieuses sur cette moitié du genre humain? Les plaisirs ont leur butquelquefois. Après avoir parcouru les contrées lointaines, le voyageur revient avec joie'•ans sa patrie s’asseoir au foyer domestique ; après avoir couru de conquête en con-quête, et reconnu la fragilité des serments d’amour, on se retrouve avec plaisir prèsde sa première amie, dont l’attachement.pour nous a survécu à toutes nos infidélités.

Les hommes sont donc fort excusables d’être volages. Il y a mieux, leur pre-mière amie les aimerait moins probablement s’ils lui étaient toujours fidèles : onn’attache du prix qu’aux objets que l’on a peur de perdre.

Et maintenant joignons les exemples aux préceptes : entrons chez ce jeune hommequi habite a la Chaussée-d’Antin un appartement de petite-maîtresse. Au luxe del’ameublement, a l’élégance des tentures, au bon goût des peintures, vous voyez sur-,•«-champ que vous êtes chez un de ces fortunés mortels sur lesquels la fortune a répanduscs faveurs, et qui sait du moins se faire honneur de ses richesses, en réunissantautour de lui tout ce qui peut flatter les yeux, séduire les sens et charmer l’esprit.

Le maître de ce séjour a vingt-huit ans, et autant de mille livres de rente qued’années; il est bien fait, et sa figure est séduisante. Il a des talents, et on lui trouvede l’esprit. Que d’avantages pour réussir dans le monde! Mais tout cela ne garan-ti pas de certain accident auquel tous les hommes sont exposés, même les plus'telles, même les plus jolis garçons... Vous avez lu Joconde , je pense?

Notre jeune homme vient de rentrer chez lui, pâle, agité, la figure boulever-sée ; il se jette sur son divan, en disant à son domestique d’un air sombre : « Sil’on vient me demander, je n’y suis pas, je ne veux voir personne ! »

Le domestique s’est retiré en s’inclinant. Notre jeune homme est resté seul, ilPeul tout à son aise soupirer, blasphémer, laper des pieds, déchirer ses gants, et"tordre ses lèvres, en murmurant :

« C’est indigne !... cette Augustine!... pas mieux que les autres!... El moi qui“ croyais à son amour !... et moi qui venais encore il y a trois jours de lui envoyer11 un charmant cabaret en vermeil... Faites donc des cadeaux aux femmes !... C’es l11 étonnant comme ça les attache... Oh ! c’est affreux... Il n’y a plus moyen d’en* douter a présent... je suis sûr de mon fait... Au moins elle ne pourra plus me" tromper, c’est toujours une consolation... Après tout, je ne l’aimais pas... Oh !11 "on, je n’avais pas d’ainour pour elle... Malgré cela, ah ! ça me serre la gorge...

O

V.