2S8
LA PR EM I LUE AMIE.
a j’ai un poids sur la poitrine... Mon Dieu ! que c’est bête de se chagriner pour« quelqu’un qui se moquait de nous!... »
Vous comprenez maintenant le sujet de la colère de ce monsieur : il vient d a-voir la preuve de l’inlîdélité de sa maîiresse. Si un tel événement afflige un pauvrepetit amant bien modeste, à plus forte raison doit-il blesser un de ces hommesplacés au haut de l’échelle, un de ces heureux du siècle auxquels la fortune et lanature ont tout accordé.
Être trompé quand on est jeune, beau, riche et spirituel, c’est extrêmement mor-tilianl; car alors a quoi servent donc tous ces avantages s’ils ne préservent pas dece malheur?... Eh ! vraiment, messieurs; si cela vous assurait contre l’infidélité devos maîtresses, vous seriez trop heureux. Et que diraient donc ceux qui sont pau-vres, laids, et que l’on trouve souvent bêtes a cause de cela? Mais heureusement lemonde est plein de compensations.
Il y a déjà longtemps que le jeune homme est seul ; son emportement s'estcalmé, à la colère a succédé la tristesse. C’est ordinairement la suite d’un tel évé-nement : lors même que nous n’aimons pas profondément, une trahison nous af-flige toujours; c’est encore une illusion perdue. Nous tombons dans les réflexionsphilosophiques, nous considérons le monde tel qu’il est, et cela n’a rien de gai.
Tout à coup une porte de l’appartement s’ouvre, une dame paraît... le jeunehomme fait un mouvement d’humeur, il est prêt à gronder son domestique, qui :loublié sgs ordres. Mais la parole expire sur ses lèvres, sa colère s’évanouit, et il éprouvedéjà comme un doux bien-être en reconnaissant la personne qui vient d’entrer-
Elle n’a point la tournure d’une coquette, mais elle est toujours mise avec autantde recherche que de goût; elle n’est point belle, mais je vous ai dit qu’elle étaitbien ; elle n’a plus vingt ans, mais elle ne paraît pas en avoir trente. Enfin son re-gard est aussi doux que sa voix.
Elle s’avance vers le jeune homme et lui tend la main en lui disant :
« Vous ne vouliez recevoir personne, mais votre domestique m’a dit que vousétiez rentré très-agité, que vous paraissiez avoir du chagrin, et j’ai bravé la con-signe. Ai-je eu tort ! »
Le jeune homme lui fait signe de s’asseoir près de lui, et il serre dans les sieniu”la main qu’elle lui a présentée, en lui disant: « Ah! vous êtes toujours la bm 11venue, vous!... il n’y a jamais de consigne pour vous. — Jamais, c’est beaucouidire... 11 y a , je crois, des moments où ma visite serait fort importune ; mais en ,M Jelle vous plaît en cet instant, et c’est le principal. Voyons, mon ami, qu’avez-vous •contez-moi vos chagrins... 11 y a six semaines que je ne vous ai vu...car... j’ai 1011jours peur à présent de venir trop souvent. — Ah! que c’est mal, ce que vous d |tc ^là ! —Ce n’est pas de cela qu’il s’agit; répondez-moi, monsieur. Que s’est-il pas® 1de nouveau? Je vois dans vos yeux que vous avez quelque peine. —Moi. ’ u' aisnon, je n’ai rien... — Ah! prenez garde... vous m’avez dit que je serais toujoursvotre amie... et si vous me répondez ainsi, je vais croire que j’ai perdu votre aiiutié comme votre amour. —Oh ! vous n’avez rien perdu, car je vous aime bien vous- -il n’y a que vous que j’aie aimée ! — Ne nous éloignons pas de la question : P 0 " 1