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Tome cinquieme.
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LA PREMIERE AMIE.

quoi les gros soupirs que vous poussiez tout a l’heure?... Allons, soyez franc... son-gez donc que je suis votre meilleure amie... —Eh bien! oui, je vais tout vousdire... On m’a trompé, trompé indignement... Cette Augustine... celte jolie bruneavec qui vous m’avez rencontré il y a huit jours... — Elle ne m’a pas semblé très-jolie... Mais il paraît que vous l’aimiez bien cette femme?... Elle élait bien heu-reuse cclle-la... et elle vous a trompé... tandis que celle qui n’aimait que vous...Mais, mon Dieu , que je suis folle ! c’cslde vous qu’il s’agit... Eh bien ! voyons, monami, êtes-vous bien sûr qu’on vous ait trahi? Les apparences trompent quelquefois.

— Oh ! ce ne sont plus des apparences... Elle me croyait à Versailles , où je devaisPasser deux jours; le hasard veut que celle partie manque, et que deux de mesatnis m’emmènent déjeuner avec eux à Saint-Mandé... C’est bien loin de la route deVersailles... qui ai-je rencontré chez le restaurateur? Augustine, qui venait de dé-jeuner en tête a tête avec un petit blondin que j’avais aperçu chez elle quelquefois,mais qu’elle traitait fort mal et affectait de ne point pouvoir souffrir... — Voussavez bien, mon ami, qu’il faut surtout se métier des hommes que les femmes nePeuvent pas souffrir... Enfin, qu’avez-vous fait ? — Je suis resté tellement saisi,que je n’ai pas eu la force de lui dire un mot. Quant à elle, voyant qu’il n’y avaitplus moyen de me tromper, croiriez-vous qu’elle s’est mise à rire en me saluant ?•l’étais sur le point d’éclater, de faire une scène... J’ai eu la force de me contenir.

— Vous avez très-bien fait : le bruit est pour le fat, la plainte est pour le sol, l’hon-nête lionune trompé s’éloigne et ne dit mol. — Oh! je me vengerai cependant...j’irai chez elle, je briserai tout, je la traiterai comme elle le mérite... Ensuite je re-joindrai son petit blondin, je me battrai avec lui, je le tuerai... ou il me tuera. —En vérité, mon ami, pour un homme d’esprit, dans ce moment vous n’avez pas lesons commun! Faire une scène, tout briser!... D’abord ceci est de fort mauvais•on, et vous n’eu êtes pas capable. Dire des injures, montrer votre désespoir, votreforeur!... Tout cela est bon quand on peut douter encore, mais c’est bien inutilequand il n’y a plus de raccommodement possible. Enfin, aller chercher querelle àoe pauvre jeune homme, vouloir le tuer parce que cette dame l’a trouvé de son goût.Mais vous devriez le remercier au contraire, car il vous a fait connaître que cellefemme ne méritait pas votre amour. Et. si l’on vous avait tué, vous, toutes lesfois que vous avez pris la maîtresse d’un autre!... Allons, monsieur, vous voyezque vous n’étiez pas raisonnable. Ah ! je sais que cela fait bien mal de se voirtrompé par quelqu’un dont on croyait posséder le cœur... Les hommes n’ont pasuotre philosophie, ils n’acceptent pas de l’amitié à la place de l’amour... mais ils seconsolent, ils en aiment bien vite une autre ; c’est ce que vous ferez, mon ami. Dansquelques jours vous aurez oublié cette Augustine, et vous ferez la cour a quelquenouvelle beauté que vous jurerez encore d’adorer toute la vie ! »

Tout en écoutant sa première amie, le jeune homme a senti le calme renaître'funs son âme. Et puis, cplle voix qui lui parle est si douce, cette main qui est dansl ; i sienne la presse avec jtanl d’affection, les regards qui se fixent sur les siens ont uneex pression si tendre ! Comment peut-on se trouver malheureux quand on possèdenue amie si bonne, si dévoilée, et encore si jolie? Car on s’aperçoit surtout de tous