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Tome cinquieme.
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LA PREMIERE AMIE.

les charmes répandus sur sa personne, quand on vient d’être trompé par une autre-

Ainsi, grâce aux consolations de cette amie fidèle, l’amant trahi sent sa fureur sedissiper; il commence a convenir que dans sa jalousie il y avait plus d’amour-propreque d’amour ; il rougit de ses emportements, il ne songe plus à tuer celui qui l’ aremplacé, et bientôt il aime ailleurs... La première amie s’éloigne alors pour reve-nir quand il sera malheureux.

Il y a encore des circonstances où la première amie nous est d’un grand secours :un mari jaloux aura été prévenu par quelque âme charitable que nous faisions la courà sa femme, on lui aura dit nous avoir rencontré avec elle : la pauvre dame est trem-blante, son repos est perdu, si on ne parvient pas à détourner les soupçons du jaloux.

Nous contons tout cela à notre première amie : elle comprend notre peine etnous dit : « Allons, je me sacrifie; donnez-moi le bras. Vous savez sans doute oul’on peut rencontrer ce mari soupçonneux... menez-moi de ce côté-l'a, qu’il me voieavec vous ; ayez l’air de me parler bien tendrement, faites-moi même les yeux douxsi vous pouvez... Dès lors ce monsieur ne doutera pas que je ne sois votre maî-tresse, et il ne vous croira plus épris de sa femme. »

Tout cela se fait comme elle vient de le dire. Nous suivons la marche qu’elle nousa tracée, et, grâce à ce stratagème, le mari dont on avait éveillé la jalousie rede-vient pour nous aussi aimable qu’auparavant.

Dans un bal, dans une soirée, dans un concert, nous sommes quelquefois bien enpeine pour savoir quelle est cette jolie dame blonde, accompagnée d’un monsieurd’un âge mûr, et qui vient de chanter avec tant de goût la romance du Saule ouune mélodie de Schubert . La maîtresse de la maison est très-occupée, elle a tou-jours trop de causeurs autour d’elle pour que nous osions lui adresser des ques-tions sur la personne qui nous intéresse. Si notre première amie se trouve êtreâ cette réunion, sur un mot que nous aurons dit, d’après un regard qu’elle aurasurpris, elle aura sur-le-champ deviné nos secrètes pensées; et avant même q ut ’nous l’interrogions, elle nous dira : « Vous êtes amoureux de celte jeune dame q ulest assise lâ-bas, contre le piano; mais prenez garde : ne portez pas aussi souventvos yeux de ce côté, il y a un mari très-jaloux, et on serait capable d’emmener sut-le-cbamp celle que vous regardez tant. Attendez au moins que les parties de je"soient formées ; le mari jouera, et vous danserez avec sa femme. » Un ami ne vousservirait pas ainsi ; bien au contraire, il chercherait à vous souffler votre conquête-

Le dévouement d’une femme ne se borne pas toujours a faire abnégation de se!-sentiments pour ne s’occuper que des nôtres. Si ce jeune homme que nous venonsde voir au sein de l’opulence éprouvait des revers de fortune; si quelque faill 1,f 'de fausses spéculations ou sa propre folie lui faisaient perdre tout ce qu’il possède •tandis que ses joyeux compagnons de plaisir s’éloigneraient, ou détourneraient les re-gards a son aspect ; tandis que ses vaporeuses maîtresses trouveraient des prétexte*pour rompre avec lui, une femme veillerait sur sa destinée et s’occuperait de son ave-nir ; elle ne viendrait pas lui offrir sa fortune, parce qu’elle sait bien refuse-

rait ; mais, sans le lui dire, sans se faire connaître, elle trouverait moyen de répat clses malheurs, et ne voudrait même pas qu’il crût lui devoir de la reconnaissante'