Band 
Tome cinquieme.
Seite
266
JPEG-Download
 

LE MAITRE DE CHAUSSON.

2()0

Le jeu développé lut apportée» France par les prisonniers des pontons d’Angle-terre : durant les longues heures de la captivité, ils s’étaient beaucoup exercés, avaienttravaillé les coups, et, faute d’autre occupation, faisaient assaut du matin jusqu ausoir ; ce qui les rendit les plus redoutables bâtonnistes de l’univers. — La patrie desboxeurs ne pouvait qu’influer heureusement sur leur manière : toutefois le jeu dé-veloppé resta un arcanc entre les plus habiles, et se concentra dans Paris , ce foy® rlumineux, ce centre intelligent, qui sait toujours avant tous les autres le dernier motde Part; la province, routinière et fossile, conserva l’ancien jeu. — Vers 1829 ce-pendant, quelques maîtres de régiment développaient, mais c’étaient des Parisien*’l’art du chausson ne resta pas non plus stationnaire : des novateurs hardis connu® 11 'çaienl a placer des coups de poing de bout a l’anglaise , et le temps d’arrêt en plein*?,poitrine, autrement dit coup de pied en vache, mais bien peu se risquaient a délit'cher ce coup, de peur de se faire ramasser les jambes.

Toutefois, malgré ces perfectionnements, la savate ne comptait que fort peu d’a-deptes fashionables, elle était même inconnue des gens du monde; seulement, d®temps a autre, il courait quelque histoire merveilleuse d’un garnement de mi 11 ®chétive et de pauvre apparence, ayant à lui seul déconfit tout un peloton de g® 11 'darmes extrêmement surpris de se trouver assis en un clin d’œil au beau milieu duruisseau ; et la Gazette des Tribunaux expliquait comme quoi ce succès, dans uncombat inégal, était dû aux passes mystérieuses et aux crocs-en-jambe invincible 8de la savate : et chacun dans la rue passait respectueusement a côté de tout individuque sa blouse débraillée, sa casquette posée sur l’oreille, son air crâne et tapage* 11 •pouvaient faire suspecter de connaître les mystères de cet art formidable.

Il est vrai de dire que les maîtres ne brillaient pas par une tenue bien rigoureuse,la pipe culottée ne quittait guère leurs lèvres que pour faire place aux petits verres d<dur; ils fréquentaient les estaminets borgnes, les rogomistes et les marchands devin hasardeux; ils étaient hargneux, violents, tapageurs; quelques-uns même, fidèle 8aux traditions de l’ancienne chevalerie errante, consacraient leur canne et le* ,rSpoings au service des princesses en désarroi. lisse constituaient les Amadis et lesF.alaor des Orianes de la rue Froidmanteau et de la Cité. Leur langage, semé detropes et de métaphores peu académiques, descendant fréquemment aux famili arllcsde l’argot, était bien fait pour effaroucher les bourgeois honnêtes et débonnaire 8 'si leur mine rébarbative n’avait pas suffi pour cela. C’est ce qui explique comme** 1un art aussi utile, aussi indispensable que la savate, est resté si longtemps enfe* 11sous les dernières couches de la populace.

Maintenant les hommes ne portent plus l’épée ; la police défend d’avoir d® 8armes sur soi, et l’on est puni de I 5 francs d’amende pour avoir un poignard dans sapoche, ce qui fait que tout homme qui rentre chez lui après la brune est a la mC|tdes voleurs et des assassins qui, risquant d’avoir la tôle coupée, se moquent P arfaitement de payer 15 francs en sus pour port illégal de poignard ; les cannes pi® 111bées, les cannes a dard sont prohibées et saisies par la police aux bureaux du tliéâtr®»afin que les mauvais garnements, hideuses phalènes nocturnes qui voltigent allNcarrefours (huileux, aient toute la facilité désirable pour vous dépouiller et v ®''