LE MAITRE DE CHAUSSON.
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assommer; mais vous avez vos poings et vos pieds que l’on ne peut saisir au bureaudes cannes, et des poings et des pieds exercés sont des armes aussi redoutables quele casse-tête des Caraïbes ou le lasso des gauchos brésiliens.
Pour notre part, nous regrettons l’épée ; avec l’usage de porter l’épée s’est enallée la vieille urbanité française ; on est toujours poli avec un interlocuteur qui peutvous entrer quelques pouces de fer dans le ventre si vos manières n’ont pas l’aménitéconvenable. L’abolition du duel achèvera de nous rendre le peuple le plus grossierde l’univers : tous les lâches, sûrs de l’impunité, vontdevenir insolents. Et puisc’élailréellement pour un jeune homme de cœur une amie sûre et fidèle qu’une épée del>on acier bien trempé et bien franc. L’homme gagnait à ce commerce intime avecla métal ; il en prenait les qualités rigides, la loyauté inviolable, le vif éclat, la net-teté incisive; et cette union tacite était si bien comprise, que le plus grand éloge quel’on pût donner à quelqu’un, c’était de dire qu’il était bravo comme son épée. Mais'tous sommes dans une époque peu chevaleresque, et la prosaïque savate doit rem-placer la jolie épée française, ce bijou aigu, cet éclair d’acier qui du moins brillaitdans la nuit avant d’arriver à la poitrine d’un homme.
La savate, comme on la pratique aujourd’hui, est un art très-compliqué, très-savant, très-raisonné ; c’est l’escrime sans fleuret. 11 y a la tierce, la quarte, l’octaveet le demi-cercle; seulement dans l’escrime on n’a qu’un bras, et à la savate on en aquatre ; car les jambes dans l’état actuel de la science sont de véritables bras, et lesPieds deviennent des poings. Les maîtres placent un coup de pied dans les gencivesou dans l’œil avec beaucoup de facilité : plusieurs même décoiffent leurs adversairesovec le bout du chausson.
Le maître de chausson actuel ne ressemble en rien au savatier ancien : c’est unjeune homme de ligure douce et prévenante, le sourire sur les lèvres, qui s’exprimec orrectement et avec un son de voix perlé. Ses manières sont d’une distinctionParfaite ; on le prendrait plutôt pour un professeur d’esthétique et de philosophie quePour un pugiliste ; il fume tout au plus des cigarettes de papel espagnol , commeGeorges Sand , et boit de l’eau sucrée comme un orateur. Il ne porte ni cravatesfouges, ni gilets violents, ni pantalons fabuleux, ni casquette excentrique ; sa mise estcelle d’un fils de famille qui s’habillerait bien. — A l’entendre parler de son art,vous croiriez être en présence d’un savant de l’Institut, faisant des calculs sur l’équi-libre et la dynamique : la savate est en effet un calcul très-exact des forces hu-oiaines combinées avec la libration et la pondération. Après quelques mois d’étude,°n. est vraiment surpris de l’énorme puissance que peut acquérir un muscle biendéveloppé et bien dirigé, et l’on s’aperçoit que la nature n’a pas fait l’homme aussidésarmé que le prétendent les philosophes moroses. Des poings bien fermés selon lesPrincipes de l’art valent des marteaux de fer.
Le maître de chausson fashionable ne néglige rien de ce qui peut perfectionner soni ( *u. m. Lecour, célèbre professeur, a travaillé avec Adam, le boxeur anglais , le re-doutable adversaire de Swift. Cette étude lui a beaucoup servi pour perfectionner lescoups de poing qui, a vrai dire, étaient la partie faible de la savate. Les coups droitsdans la poitrine ou dans la figure sont fouettés et détachés avec une vigueur rare,