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Tome cinquieme.
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Llî MAITRE DU CHAUSSON.

Ce coup, comme toutes les bottes possibles, a sa parado : en l’exécutant, vous pou-vez être saisi par la nuque, plié h terre et recevoir sur le nez un coup de genouou un coup de poing fourré.

11 y a aussi une infinité de moyens pour jeter son homme par terre : le passementde jambe du jarret et le passement de jambe du cou-de-pied. Le premier se pratiqueen croisant la jambe derrière le jarret de l’adversaire que l’on saisit simultanémentpar le col ; on tend le jarret vigoureusement, on le pousse, il perd pied, chancelle ettombe; dans le second cas, l’on pose son pied derrière le talon de son ennemi, onramène à soi par un mouvement de brusque saccade qui se donne avec le cou-de-pied, et il tombe d’un seul temps. On peut encore très-aisément renverser quel-qu’un en lui donnant un tour de clef à la cravate, et en lui passant la main sous lejarret, ce qui lui fait perdre l’équilibre.

Nous écririons un volume si nous voulions indiquer toutes les ruses et toutes lesressources de la savate. Toutes les attaques sont prévues et déjouées.

Si un homme vous attaque et vous prend par le collet, vous lui saisissez le poignetà deux mains et vous faites un revers sur les talons : le coude de l’assaillant se trouveplacé sur votre épaule; vous faites une pesée qui lui rompt le bras placé à faux al’articulation de la saignée.

Si un homme très-vigoureux vous entoure de ses bras et que vous ne puissiez vousdégager, appliquez-lui la paume do la main sur le menton ou sur le nez, pour l< urenverser la tête en arrière ; la douleur qu’il éprouvera sera si atroce, qu’il lâcheraprise sur-le-champ.

On tient aussi la tête de son antagoniste sous le bras en parapluie, et on lui fourredes séries de coups de poing dans la figure. Si, en lançant un coup de pied haut, vou»avez la jambe ramassée, faites un revers, et vous tomberez en équilibre sur vos deuxmains; mais le coup de pied dit temps d’nrrùi est si vite passé, et son effet est siviolent, qu’il n’y a guère de danger de ce côté-la.

Quand ces coups sont portés sérieusement et les mains nues, ils sont do nature acauser des blessures graves et même la mort.

Vous voyez que la savate est une science profonde, qui exige beaucoup de sang'froid, de réflexion, de calcul, d’agilité et de force ; c’est le plus beau développerontde la vigueur humaine, une lutte sans autres armes que les armes naturelles, et onl’on ne peut jamais être pris au dépourvu.

Ce spectacle est tellement attrayant, que plusieurs gens du grand monde font dan»leur appartement une salle où ils s’exercent eux-mêmes, prennent leçon, et font faireassaut entre les maîtres de réputation. Lecour a fait assaut chez lord S... avec Lose>le premier maître de Bordeaux ; et M. de W... a une salle où se réunissent les élegants de la loge infernale et du Jockey’s-Club; il y en a une aussi chez M. le duc V---Michel Pisseux a donné des leçons au duc d’Orléans. La savate est désormais desen'canaillée, et prendra dans les pensionnats place a côté de la gymnastique et <l el’escrime.

Théophile Gautier .