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LE JESUITE.
doutent comme des rivaux ou comme des maîtres. Ils vont faire retentir la parolecatholique au sein même du schisme et de l’hérésie, dans l’Allemagne , troublée alorspar tant de querelles et de guerres; et portant plus loin leur audace, ils traversentles mers, et annoncent le Christ aux nations qui ne savaient pas même notre nom.L’Inde, le Japon , entendent Xavier, qui, épuisé, accablé a la fois de ses succès et descs revers, succombe au milieu des peuples qu’il voulait convertir Les missions serépandent et s'accroissent, portant a la fois à des peuples éloignés une morale pinspure, des idé.es plus hautes et des lumières inconnues; ces missionnaires infatigablesétonnent la Chine par leursavoir, et l’Amérique par leur courage. Là ils disposent ala confiance des nations orgueilleuses de leur science et de leur antiquité, par unescience plus profonde et par des traditions plus antiques et plus certaines. Ici ilss’avancent seuls et sans ai mes au milieu de peuplades impitoyables pour tous ceuxqui appartiennent à la race de leurs maîlrcs, adoucissent leurs mœurs, fondent aumilieu d’elles le gouvernement le plus parfait qu’il ait été donné aux hommes d'ad-mirer, et l’Europe surprise, empruntant pour les louer la voix de ses philosophes,écrit les témoignages de son admiration dans les pages immortelles de Montesquieu,de Buffon, de Haller de Raynal et de Muratori.
Parmi nous leurs succès ne sont pas moins rapides : le confessionnal, la chaire etl’école sont comme un trépied sur lequel ils fondent leur pouvoir. Ils obtiennent parleurs lumières et la pureté de leurs mœurs les éloges de ceux-mêmesqui leur prêtentde sinistres projets ; célèbres dans l’art difficile de diriger les consciences, ils voientdevant les pères Auger, Cotton, Caussin, Lachaise, et Le Tellier, s’agenouiller au tri-bunal de la pénitence Henri III, Henri IV, Louis XIII, et Louis XIV , les rois très-chrétiens; et de leur armée si nombreuse et si bien disciplinée sortent chaque joui'quelques soldats illustres qui remplissent le siècle de leur nom , les Bourdaloue, lesLa Rue, les Neuville, les Daniel, les Peteau, les Duhalde, lesSirmond,ettantd’autres,qui se placent a côté des plus grands prédicateurs ou des premiers écrivains de leurépoque. Ils apportent dans l’enseignement des lettres une révolution favorable, et lors-qu’un arrêt du parlement ferme leurs collèges et proscrit leur ordre, les fils des pinshautes familles de France , laissant l’Université déserte, émigrent pour aller suivre,hors du royaume, ce plan d’étude qu’approuve Bayle, et que Bacon présente commeun modèle.
Leurs richesses s’accroissent avec leur renommée, et leurs établissements couvrentbientôt la chrétienté. En 1515, les six compagnons d’Inigo avaient fondé 10 maisons;
-10,58-1 religieux de leur ordre entretenaient, en 1608. 140 maisons répandues dans51 provinces, qui, s’augmentant de 6 provinces nouvelles, offraient, en 1679, 90'asiles, et les dangers de 106 missions au recueillement et au zèle de 17,155 con-frères; enfin, en 1762, 22,000 serviteurs s’efforçaient encore de soutenir l’éclatd’un ordre qui avait compté depuis sa naissance plus de 200,000 adeptes, clqui bientôt allait s’éclipser.
Nous n’avons prétendu juger ni pour les condamner, ni pour les absoudre, ceshommes qui, pendant deux siècles, ont occupé le monde, dont les uns ont exalteles vertus, dont les autres ont compté les crimes. Les grandes querelles ne se deci-