LE JESUITE.
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loigue sans argent, dénué de tout, parcourt les villages, demande, au nom du Christ,u ne aumône que souvent on lui refuse, afin, dit la règle, qu’accoutumé aux dou-leurs de la faim et de la veille, et ayant foulé aux pieds tout espoir dans les chosesde la terre, il n’ait plus, dans sa foi sincère, de pensée et d’amour que pourDieu , auquel toutes ces choses appartiennent, et qui les distribue a son gré.
Rentré dans le noviciat, il se fait le serviteur de tous, et, commis aux ofüces lesplus vils, il poursuit cette haine de soi-même, qui est pour le chrétien le gage de•a perfection, jusqu’à ce qu’enfin, sûr d’avoir mortifié son corps, sans avoir op-primé les facultés de son esprit, il entreprenne de plus dignes travaux, enseignesa doctrine aux pauvres et aux ignorants, prêche la sainte parole, ou, assis autribunal de la pénitence, écoute les pécheurs, et leur offre le pardon d’enhaut.
Pendant ces deux années, l’enseignement des règles n’est pas oublié : tous les sixmois le novice, interrogé avec soin, explique et commente ce code qui doit dirigertoute sa vie : des conférences lui apprennent à en trouver le sens véritable, et àrésoudre les questions difficiles. Le temps arrive où la carrière religieuse s’ouvrePour lui avec des engagements irrévocables; une dernière fois il regarde l’avenirdont il est encore l’arbitre, une dernière fois la société s’assure que le frère qu’ellev a choisir est utile à sa gloire, et sur l’ordre du chef de la province le novice, deve-nant écolier approuvé, promet, par des vœux solennels, de rester pauvre, de res-ter chaste, et d’obéir.
Sept années, consacrées à l’étude des lettres et des sciences, trois années de phi-losophie, et quatre de théologie, préparent à la société des membres instruits, commeles deux années du noviciat lui avaient assuré des frères pleins de zèle. Une bien-veillance continuelle unit l’élève et le maître, et la plus vive amitié semble inspirera la fois les ordres de l’un et la soumission de l’autre. Dans cet ordre où l’obéis-sance est la plus grande des vertus, l’arbitraire et le caprice seraient le plus grandPial; c’est pour cela que des lois toujours souveraines dominent les chefs et lessujets de ce vaste empire, et, imposant aux premiers le devoir de commander,( lonnent aux seconds le droit d'obéir.
Achevons ici ce qui touche au système d’éducation des jésuites. La jeunesse con-fiée à leurs soins, et destinée plus tard à la vie séculière, est soumise dans leurscollèges à des règlements particuliers, connus de chacun et respectés de tous, quidescendent jusque dans les plus intimes détails de la vie de l’écolier, et dirigentchacune de ses actions; les punitions sont rares et mesurées, et, appliquées tou-jours par un correcteur étranger a la société, elles restent, en quelque sorte, in-connues au recteur, qui féconde, par la douceur des récompenses qu’il répandautour de lui, la tendresse dont il est l’objet; tendresse précieuse qui seule peutlaire des hommes de bien, et diriger les cœurs que la confiance conduit à la vertu,tandis qu’une dure sévérité, en effrayant l’esprit, ne lui ferait accepter qu’unes cience stérile et odieuse I Rien n’est oublié dans les collèges des jésuites de ce quiP e ut enlever aux études leur aridité, stimuler les courages, faire naître l’émulationcl le désir de connaître. Dans chaque classe, divisée en deux partis, des rivaux