232
LE JESUITE
ardents à se surpasser se livrent, connue dans un champ clos, à des tournois litle-raires où les succès ne sont pas sans prolit ni sans gloire : les disputes s'élèvent?les opinions se croisent, et, les facultés de chacun se développant dans ces luttes heu-reuses, les vaincus prennent des forces nouvelles pour devenir vainqueurs à leur tour.Conduits toujours a la fois vers le bien, que la religion enseigne, et vers la science,que l’étude fortifie, ces écoliers se réunissent en congrégations sous l’invocation dela Vierge, ou forment des académies, et des patrons, nommés par le recteur ducollège, éclairent leur piété ou dirigent leurs travaux. Les théologiens, les philo-sophes, ceux qui complètent leurs humanités et ceux qui s’initient aux élémenls dela grammaire, sont divisés en sections distinctes : les membres de chacune choi-sissent librement parmi leurs camarades le recteur, les conseillers elle secrétaire,qui président ces petites corporations, et dans leurs fréquentes assemblées, commedans les luttes des classes, les élèves des jésuites fortifient par la discussion et s’ap-proprient par l’usage les connaissances qu’ils ont reçues de leurs maîtres. Desécoliers externes, enfin, sans se mêler a leur vie commune, participent a leurstravaux, et, sous les mêmes maîtres, reçoivent une éducation semblable.
L’écolier approuvé, que nous avions un instant oublié, après les deux années deson noviciat, et les sept années de ses études, éprouvé par tant de fatigues, exercepar tant de travaux, touche presque enfin au but qu’il brûlait d’atteindre. H vaprendre sa place parmi les premiers, confondre son existence et sa gloire avec h'gloire et l’existence de l’ordre ; il va devenir coadjuteur ou profès, mais il f a,ltqu’il attende une année encore, il faut qu’il retourne dans cette maison de proba-tion où d’abord s’est exercé son courage, qu’il se soumette aux mômes épreuves,qu’il remplisse lçs mômes fonctions, qu’il triomphe des mêmes dégoûts, pourq 11reçoive de la société le titre le plus haut qu’il lui soit permis de donner.
Les profès qui, cependant, doivent tous être prêtres, se divisent en deux classes-Ceux de la première ne font que renouveler les vœux de pauvreté, d’obéissance e lde chasteté, qui, déjà, comme écoliers approuvés, les liaient à la société de Jésus ;ceux de la seconde, supérieurs aux précédents, y ajoutent la promesse d’obéir aveu-glément au pape en ce qui concerne les missions : on les appelle profès des quat' 1 -vœux. Le jésuite admis à la profession, séparé désormais du monde, et incapablede posséder, distribue ses biens, abandonne les bénéfices ecclésiastiques qui ' ulavaient été conférés, renonce au droit d’hériter, et, sans demeure fixe, égalenien*prêt, sur l’ordre de ses chefs, à aller au milieu des peuples sauvages de l'Amérique -ou des nations antiques de l’Inde , porter la foi qu’il a juré de défendre et de gl° rlfier, à instruire la jeunesse, à prêcher au milieu des fidèles la parole éternelle deDieu , b méditer, dans le silence et l’étude, des œuvres qui portent au loin le br ultd’un nom qui n’est pas le sien, mais qui est celui de tous, il ne s’appartient pl uSà lui-même; un mot, un signe, un instant peuvent changer sa vie, convertir et*redoutables périls sa religieuse quiétude, transformer en illustration son obscurité,ou faire rentrer dans l’oubli un soldat qui a porté sur tous les rivages le renom desa valeur ; prêt b tout, propre b tout, il sait combien il faut employer de moî el1,différents pour loucher des cœurs que Dieu a faits si divers. Il ne dédaigne and 11