Lh; JÉSUITIi.
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des nobles moyens qui peuvent le conduire à son but, et doué des qualités les plusopposées, des talents les plus variés, il les inet tour a tour à prolit avec une admi-rable persévérance. A la voix de son chef, ce grave docteur d’une parole austèreprend dans ses mains la palette du peintre, l’archet du musicien, aussi bien quel’instrument du savant ou le livre de l’apôtre, et, au milieu de ce réseau immensede vérités qui toutes s’enchaînent et se tiennent, il choisit avec adresse la véritéla plus propre a toucher celui qui l’écoute, afin de le conduire par elle à toutescelles qu’il veut lui découvrir encore. Toujours le môme dans les pompes dutriomphe, ou dans les douleurs de la persécution, il expire comme Xavier, il sou-lève l’admiration comme Bourdaloue, sans que son humilité s’effraye de tant debruits, sans que sa persévérance soit épuisée de tant de peines, car il fait monter lesuns et les autres comme un double sacrifice a l’autorité suprême qui les contienttous, et qui seule souffre ou prospère en lui. Il désire le pouvoir, mais c’est afinque la société soit puissante, en quelque sorte au travers de son humilité, et cen’est pas sur lui, mais sur l’ordre, qu’il appelle la bienveillance des grands; les ri-chesses le tentent, car les richesses sont encore une puissance, mais c’est dans letrésor commun que sa pauvreté les verse h profusion. De toutes les constitutions po-litiques qui jamais ont gouverné les hommes^ qu’il me soit permis de donner cenom a des statuts qui ont eu des sujets dans le monde entier, le jésuite a choisicelle qui sacrifie avec le plus d’audace chacun a tous, le citoyen a l’Étal; qu’ils’élève ou qu’il s’abaisse, qu’il attire les regards de la foule par sa grandeur, ouqu’il mérite la pitié par son humiliation, il ne fait jamais qu’obéir.
Il obéit lorsque son chef suprême, mettant entre ses mains la crosse épiscopale,le relève de la promesse qu’il a faite de ne pas s’élever aux dignités ecclésiastiques ;mais la compagnie, toujours avare de ces faveurs, qui laissent échapper à sa puis-sance ses membres devenus indépendants, et qui font trop sentir au dehors cequ’elle est et ce qu’elle peut, aime mieux auprès des grands une invisible influencequ’une éclatante position. Il obéit encore lorsque, choisi pour diriger la consciencedes princes, s’oubliant lui-même, refusant des faveurs qui viennent le chercher,ou qu’il pourrait si facilement appeler, il reste sévèrement soumis aux règles qu’ila acceptées, conserve son étroite cellule dans la maison de son ordre, et nourritdans l’âme de son noble pénitent un constant amour pour la société dont la gloire-seule le touche. Tremblant à la pensée de sa faiblesse, il doit redouter, comme unfardeau trop lourd pour elle, ces honneurs qu’on lui impose. Il n’en serait plus jugé,digue si un moment il les avait désirés.
L’obéissance, en effet, ne permet au jésuite ni restriction ni arrière-pensée: elleest prompte, elle est volontaire, elle est convaincue. Toutes les fois qu'il peut obéirsans péché, sa raison se soumet en même temps que son corps, et sa volonté, reje-tant tout examen comme un crime, se confond dans le même dessein avec celle deson chef. La voix du supérieur peut l’appeler à tout instant : il est prêt, il n’hésitePas, il ne sent en lui aucune secrète résistance, il n’achève pas la lettre commen-cée, il interrompt sa pensée même, et marche en aveugle dans la voie qui s’ouvredevant lui. Par un double prodige que la religion seule pouvait créer, il exécute