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Tome cinquieme.
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LA MARCHANDE DE POISSON.

la confusion était au comble; l’arrivée de la marée devenait tous les jours la caused’un nouveau désordre. On sentit le besoin de régulariser ce mouvement : on établitdes corporations et des privilèges. Aux dames de la balle fut donnée la faculté exclu-sive de vendre au consommateur, et il fut décidé que la marée leur serait vendueaux enchères. Deux commissaires furent nommés pour présider à l’opération, et,après eux, deux facteurs et deux factrices pour la mise à prix ; enfin cinq femmesles secondaient, chargées d’enregistrer les ventes, et d’en percevoir le produit :celles-ci reçurent le nom de donneuses de perroquets. Dès trois heures du matin, pen-dant l’été, à sept pendant l’iiiver, trois bureaux étaient dressés dans la halle; lamarée y était distribuée avec les mêmes formalités qu’à une vente aux enchères. Lamise à prix, proclamée par le facteur, était ordinairement suivie d’un moment desilence, qui n’avait d’autre but que de la faire descendre. A voir cet accord unanime,vous auriez juré que, dans toutes ces marchandes, il n’y avait qu’une seule volonté,et que, fermes dans cette première décision, elles finiraient par traiter à un prixinférieur, et fixé d’avance par elles-mêmes. Le facteur baissait, en effet, son estima-tion ; mais, à peine une timide enchère s’était-elle fait entendre, que cent surenchèresarrivaient dans une succession rapide ; l’émulation était éveillée ; on se piquait aujeu; l’intérêt personnel l’emportait sur l’intérêt commun, et le facteur, favorisantcette heureuse disposition de toute la force de ses poumons, ne tardait pas à pro-clamer, d’une voix triomphante, un prix infiniment supérieur à l’estimation quid’abord avait été repoussée. Lorsque enfin tous les désirs se taisaient devant uneoffre trop hardie pour être dépassée, la marchande à qui demeurait la victoirejetait aussitôt sa médaille sur le lot qu’elle avait conquis, et un nouveau lot étaitsur-le-champ mis en adjudication. Cette coutume est venue jusqu’à nous sans modi-

fication : c’est ce qu’on appelle la criée du point du jour.

Réunies en corporation , les dames de la halle acquirent une très-grande impor-lance ; la cour même ne dédaigna pas de les admettre , et il se fit constamment entreces deux puissances un gracieux échange de politesse et d’amitié. A la naissance dudauphin, les dames de la halle s’empressaient d’aller complimenter la reine; il n’yavait point d’avénement au trône, point de couronnement, point de mariage princier,qui ne fût l’occasion d’une députation et d’un compliment. On les a vues même, à I amort des rois, prendre le deuil de cour, et substituer les parures de jais aux bijonxde fantaisie. Mais, hélas! il faut bien l’avouer, quelques âmes intéressées (il st ‘ ntrouve partout, même à la halle ) ont fait de cette prérogative une véritable spec 11 'lalion; il ne vous est plus permis d’avoir un héritier, d’obtenir un succès au théâhe,ni même de recevoir la croix d’honneur, sans ouvrir votre porte à une députation doces dames , dont certainement les félicitations ne sont pas dictées par le seul aniowque vous leur inspirez.

Henri IV , le roi populaire, avait encore resserré, par l’octroi de nouvelles f J 'veurs, le lien qui unissait la cour à la halle: aussi chaque année, au jour de Saint'Henri, les forts et les poissardes ne manquaient-ils pas de se réunir, en grand cos-tume el parés de bouquets, sur le terre-plein du Pont-Neuf; et là ils improvisaie 11un bal en l’honneur du vert galant et du diable à quatre.