LES MARAICHERS.
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vendent des noix , j’ai remarqué spécialement ce chant singulier, bien connu dansles alentours du Panthéon , de la rue Saint-Jacques et de la Montagne-Sainte-Ge-neviève.
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Avant même que la saison soit si avancée, qui n’a pas entendu ce chant précurseurde la chute des feuilles et des matinées froides et brumeuses : Cerneaux, cerneaux?
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Qui n’a pas admiré la douce mélodie des deux notes qui le composent? deux notes,dont la seconde monte à l’octave supérieure de la première : sol, sol, voilà tout.Et pourtant quelle expression sauvage dans ces deux notes! C’est un son aigu, etqui devient si perçant qu’on dirait qu’il se perd dans les nues. On croirait queDieu a fait des voix tout à part pour crier des cerneaux. Quand je les entendsde loin, je tremble d’en approcher; et quoique j’aime beaucoup les cerneaux, jedéleste le temps où ils arrivent, non à cause des brouillards du matin ou de lachute des feuilles, j’aime l’automne de préférence, mais je redoute le cri : cer-neaux, cerneaux! C’est un cri infernal, une note d’une si insolente franchise,qu’elle m’ôte toute capacité pour le travail, alors même que la terrible chanteressen’est encore qu’à l’autre bout de la rue. Ce même cri, le plus affreux qu’on puisseentendre, et qui ressemble beaucoup à un cri de désespoir, à un cri de femme en dé-tresse, je l’ai retrouvé partout, composé des mêmes notes, rendu avec le même mé-lange de sons de poitrine et de sons de tête, à la Bastille, au boulevard Mont-Par-nasse, et dans le centre de Paris . C’est une preuve irréfragable qu’il existe uneparenté entre les cris de la même marchandise, quoiqu’ils passent par des bouchesdifférentes.
Disons adieu maintenant aux crieurs des rues, en reconnaissant, toutefois, qu’ilen est encore un grand nombre que découvrira l’œil observateur et surpris de l’é-tranger sans les rencontrer dans ma nomenclature. Je ne connais pas de sujet plusriche, et. auquel on ait moins touché; j’ajoute qu’il ne cessera jamais d’être nou-veau, et qu’il est de nature à présenter chaque jour à l’élude des faces diffé-rentes , tant sous le rapport de la physionomie extérieure que sous celui de lapartie mélodique.
Joseph Mainxer*