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Tome cinquieme.
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LE PROPKIÉTAIRE. 54 1

peau symbolique qui donne à la maison droit de bourgeoisie dans la cité. Ces pro-priétaires-la ne payent jamais de contributions ; ils ont bien garde de conserverleurs Allés de pierre jusqu’au jour où le fisc avide réclame l’impôt des portes etfenêtres. Ils possèdent cinq ou six hôtels et demeurent chez autrui. Paris leur doitdéjà deux ou trois douzaines de rues dont les embryons se dessinaient a peine il ya dix ans, mais tout en travaillant à l’agrandissement de la ville, ils travaillent aussia l’agrandissement de leur forlune, et toutes deux progressent ensemble. Dansleurs heureuses mains le plâtre se fait or. Mais cependant quels que soient les succèsqui marquent leur carrière, nous n’avons aucune sympathie pour ces propriétaires.Ils ont, mais ils ne possèdent pas.

Parmi les hardis argonautes, lancés à l’aventure sur l’océan des constructions,il en est qui s’arrêtent après avoir bâti un lambeau de place, un tronçon de rue ;de spéculateurs ils passent propriétaires, ils sentent leur cœur s’émouvoir à la vuede tous ces étages qui leur doivent le jour, et c’est alors qu’ils se séparent de leursconfrères, pères dénaturés qui vendent leurs enfants. Les douceurs et les ennuisde la paternité commencent aussitôt; la maison est achevée; le foyer n’attend que laflamme; la fenêlre aspire au rideau. Mais alors la question du locataire se présentedans toute sa majestueuse obscurité. Il s’agit de sécher les plâtres, pour nous servir del’expression consacrée, et ce n’est point lâune mince affaire. Le rentier retiré ducommerce, le fonctionnaire, l’avocat, ne veulent pas s’en charger. Que faire alors?Prendre soudain un parti décisif : appeler'a soi quelques escadrons flottants de celtevagabonde population qui a fait de la rue Notre-Dame de Lorette son quartiergénéral, et leur abandonner les maisons toutes fraîches écloses sous la truelle du Li-mousin . A vaut six mois, elles auront perdu leur robe d'innocence et d’humidité, et lamain qui les a ouvertes alors pourra les refermer. Il y a toujours par la ville assez deces insouciantes alouettes parisiennes prêtes il suspendre leur nid de l’enlre-sol â lamansarde, pour que les propriétaires craignent d’en manquer jamais. Elles s’abat-tent par volées au premier signal et prennent sans crainte possession de la maisonvirginale. Au temps critique du terme, alors que les murs ne suintent plus, ellesrepartent, la chanson aux lèvres, sans courbature et sans névrose, car à celles quin’ont que la santé pour forlune, Dieu ménage l’indisposition. Voila comment s’estpeuplée tout d’abord une bonne partie du quartier de la Madeleine, la plus aristo-cratique moitié de la Chaussée-d’Antin. Les vagabondes, et surtout insouciantes Lo-rettes, ne sont-elles pas les hulans de la civilisation : elles marchent gaiement àl’avant-garde de Paris , et soyez sûrs que le jour où la grande ville crèvera les langesqui l’enserrent, elles seront les premières â franchir le mur d’octroi.

Il y a entre le propriétaire et le locataire, ces deux pôles de la population, unlien qui leur sert de conducteur et les met en communication. Ce lien, le plus souventcoiffé d’un bonnet crasseux et chaussé de savates rapetassées, est le portier. C’est luiqui perçoit les loyers et transmet les protocoles qui vont du propriétaire au locataireet retournentdu locataire au propriétaire. C’est un chargé d’affaires qui sait tous lessecrets de ce petit élalqu’on appelle un hôtel cl qui, a ce titre, est le plus souventinamovible ; mais tout acté dit sur le portier, et nous n’en parlerons pas davantage.