I, HOMME SANS NOM.
de l’échalaud pour quelques pièces do ce ni. sous, mais ce sont pour la plupartdes repris de justice, des «eus <pii cumulent deux corruptions. Ce u’esl point l’ou-vrier honteux, le soldat pauvre qui tenteraient leur cupidité. Si le sang coule dansces lieux maudits, c’est dans des querelles particulières ; car entre ceux qui lesfréquentent et ceux qui les protègent la différence n'est pas grande. Le souteneurde ce soir pourra assassiner demain, mais ce 11e sera pas dans l’exercice de sesfonctions de la veille. S’il vole, il s’adressera à quelque ivrogne, auquel sa mémoirefournira à peine le lendemain quelques vagues indices d’accusation ; quant à laviolence, il ne l’emploiera que par niégarde et pour ainsi dire dans le feu de l’im-provisation; ces messieurs sont trop prudents pour appeler l’attention de la policedéjà suffisamment éveillée à leur égard.
La classe des hommes sans nom se divise en plusieurs catégories. Ce n’est pointici le lieu de les désigner spécialement, les termes d’ailleurs nous manqueraientpour une telle pornographie. Cependant le lecteur ne perdra rien à celle retenue,nous ne laisserons rien en dehors de notre sujet, nous gravirons un à un tous leséchelons de cette corruption que nous avons essayé de décrire, et pour cela il noussuffira de raconter la vie d’un homme. Mettons-nous donc de nouveau à la suite deCrochard, et, après avoir vu sa prospérité, rendons-nous compte de sa chute. Nousl’avons laissé dans toutes les jouissances de la fortune, mais, hélas, cette périodebrillante dura peu. Une fois entré dans la honte, il faut en parcourir tous les degrés. L’abîme attire. Crochard y fut bientôt précipité. Vous vous souvenez que d’a-bord il a été marchand de billets, c’était, alors le beau temps de sa vie ; l’argeniabondait dans ses poches, il choisissait à son gré ses maîtresses parmi les plusbelles; une fois la venle terminée à la porle de l’Opéra, si la soirée élait belle, sila brise qui vient du bois de Boulogne apportait de champêtres émanations sur leboulevard, Crochard arrachait sa belle à ses travaux, et, bras dessus, bras dessous,ils allaient sabler la bière et rompre l’échaudé des Champs-Elysées . Qu’importe àCrochard qu’un air chaud ait soufflé sur Paris pendant le jour, que la foule soünombreuse sur l’asphalte de Tortoni, que la soirée s’annonce sous les plus brillantsauspieçs ; si demain sa bien-aimée trouve son escarcelle vide, n’est-il pas là pourla remplir? car Crochard est généreux, il comprend les nécessités de la vie, il veutque toute union soit un partage, et non une exploitation. Encore un verre pourtoi, Mariette, pour moi encore une pipe. Après une bouteille ou deux ils revenaient,elle en chantant, lui en fumant au clair de lune. Le dimanche à la barrière,une fois par semaine à l’Ambigu-Comique, tous les soirs à la porte de l’Opé 1 ’ 8 ’voilà comment s’écoulait l’existence de Crochard. Hélas ! il 11e pouvait pas toujoursvivre d’une vie aussi platonique. Il tombe malade, et voilà que pendant sa maladieson associé pactise avec la concurrence, son industrie passe en d’autres mains, c esten vain qu’il veut essayer de lutter, sa place est prise, ses meilleures pratiq ,,esl’ont abandonné, il est obligé, lui, le négociant presque patenté, le fier marchandde billets) de descendre a la contre-marque. Plus de promenades aux Champs-Éb'sées, plus de dîners à la barrière, plus de douces émotions à l’Ambigu . L’horntoedéchu n’esl plus le même homme. Crochard a perdu toute son élégance, ilcstivr»