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Tome cinquieme.
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1/HOMME SANS NOM. 557

sommes arrêtés un moment chez le marchand de vin. Poursuivons maintenantnotre roule, pénétrons dans le grand monde, cl voyons si I ’homme sans nom nes’y cacherait point par hasard?

Nous n’imiterons pas ces observateurs passionnés qui prétendent que, dans leshautes régions sociales, le vice est bien plus répandu, bien plus général, et sur-tout bien plus toléré que dans les classes infimes. Non, les gens dont nous vou-lons parler sont partout signalés, partout cités comme des exemples funestes; etsi, a l’extérieur, il semble qu’on ne leur fasse point sentir l’infériorité morale deleur position, on s’en dédommage à coup sûr d’une manière qui ne perd rien desa force à n’être point apparente. Qu’une femme connue pour entretenir des liai-sons illicites se présente dans un salon, certes, la maîtresse de la maison la recevraen apparence avec la même distinction, le même empressement qu’elle accorde iitoutes les autres. Mais pour un homme habitué a interpréter les habitudes du grandmonde, cette distinction et cet empressement auront une signification toute diffé-rente de celle qu’on leur attribue ordinairement ; le geste, au besoin, commen-tera la parole ; il y aura môme certaines prévenances, une foule de petites atten-tions dont la femme tarée ne sera jamais l’objet, et dont l’absence, remarquée, res-tera comme un blâme infligé à des fautes que l’on veut bien faire semblant d’ignorer,mais qu’on ne veut pas entièrement absoudre. C’est l'a sans doute un châtimentbien léger pour des égarements qu’on punit souvent d’une façon bien plus cruelle :mais le monde est ainsi fait, on sent la nécessité des concessions dans un milieu oùchacun se connaît, et où l’alfront fait au coupable peut rejaillir sur des têtes inno-centes. Ce que nous venons de dire des femmes peut également s’appliquer auxhommes. On s’étonne quelquefois qu’un individu dont l’existence est notoirementtachée d’infamie reçoive chez lui la meilleure société, et fréquente à son tour lesplus brillants salons de la capitale; tenez pour certain que cet individu n’y est quetoléré, et qu’en refusant ses invitations, on craindrait de déshonorer tantôt desaïeux illustres, tantôt une sœur sur le point de se marier, tantôt une vieille mèrequi ignore seule le déshonneur de son fils, et qui mourrait en l’apprenant. 11 nenous appartient pas de condamner une telle tolérance, elle est vraiment coupablealors seulement qu’elle est dictée par les exigences de l’intérêt particulier.

Jetons un rapide coup d’œil sur tous ces vices amnistiés, sinon entièrement par-donnés. Au premier rang de cette série, nous trouvons l’homme qui a pour touteressource une pension que lui fait sa femme. Celui-là, par exemple, vit en garçon,mais il a recours à toutes sortes de subterfuges pour se soustraire à cette solitudedont il a perdu l’habitude. Il installe chez lui une maîtresse en qualité de demoi-selle de compagnie d’une tante infirme; il prend jour pour recevoir ses amis, ildonne des bals, des soirées, des dîners, dont la prétendue demoiselle de compa-gnie fait les honneurs ; les gens qui vont chez un tel amphitryon n’appartiennentpas, si vous voulez, à l’élite de la société : ce sont des coulissicrs, de vieux négo-ciants qui vivent en concubinage, de jeunes débauchés, des acteurs, des directeursde théâtre même ; mais enfin cet homme a des flatteurs qui le vantent, des parasitesqui se fonl ses valets, il esl un des administrateurs de son cercle, et cependant