I. HOMME SANS NOM.
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personne n’ignore que la fortune dont il jouit, provient de la source la plus ignobleMari d’une femme riche, il l’a surprise un jour en flagrant délit d’adultère. Il aconsenti à se (aire moyennant finances ; il s’est fait assurer une pension, et pendantque sà femme est notoirement la concubine d’un autre, il consomme tranquillementet sans remords ses -15,000 francs de honte par an.
Il en est d’autres plus malheureux qui payent encore leur déshonneur au prixd’un esclavage de tous les jours. Voyez-vous la-bas, dans cette avant-scène de l’O-péra, ce spectateur aux cheveux gris, au front chauve, aux traits distingués; à côléde lui est une femme de quarante ans, mais qui a toutes les prétentions et la mise co-quette de la jeunesse. Cet honnête vieillard, que vous prendriez pour un députéou un pair de France, est tout simplement le mari d’une actrice. Elle s’est trouvéeenrichie quand il a été ruiné. Après l’avoir longtemps entretenue, il s’est laisséentretenir; mais la bienfaitrice a fini par mettre un prix a ses bienfaits, elle a dé-siré avoir un nom, une position, elle a voulu se faire épouser ; l’ancien amant avaittoutes sortes de raisons pour refuser ; devait-il donner une telle belle-mère a safille, honorablement mariée en province? Non certes; aussi a-t-il essayé de résisteraux prétentions de sa maîtresse. Mais alors on a parlé de séparation, on a pris unautre amant, si bien que le malheureux, habitué il de somptueux festins, à unriche mobilier, a une existence confortable, a Uni par consentir. Il a donné sonnom honoré jusqu’alors à une femme perdue, il l’a conduite dans le monde oùquelques personnes l’ont accueillie par commisération pour lui, et afin qu’il pûtse faire encore illusion sur sa triste position; il est là sur le devant de la loge pourservir d’enseigne et satisfaire l’amour-propre d’une courtisane, tandis que, derrièreelle, se pavane son amant avoué. Quelle existence pourtant pour un homme quipourrait vivre tranquillement à la campagne, occupé à faire sauter les enfants desa fille sur ses genoux, et qui a sacrifié la considération de sa vieillesse au plaisird’avoir encore une voiture et une loge à l’Opéra !
Nous lui préférons même ce beau et splendide fashionable, dont l’unique métierest de conduire au concert, au spectacle, aux eaux, une maîtresse de maison fortconnue à Paris . Pourtant on l’a chassé à Baden d’une table d’hôte avec sa com-pagne, et il n’a rien dit, il ne s’est pas vengé, il n’a pas même rougi !
A la rigueur, une pareille faiblesse peut s’excuser, mais il en est d’autres qw’rien ne saurait absoudre. Est-il quelque chose de plus lâche, de plus misérable aumonde que la conduite de ces jeunes gens qui, se voyant perdus de dettes, abusentde la légèreté d’une vieille femme, feignent auprès d’elle tous les transports del’amour, et l’épousent pour manger ensuite sa fortune au milieu de toutes sortes dedébauches ! Si la femme trompée se ravise, si elle parle de prendre des mesures deprécaution contre le dissipateur, comme ils deviennent rampants auprès d’elle,comme ils la flattent, comme ils l’accablent de protestations, jusqu’à ce qu’elle ait denouveau montré son secrétaire d’un air attendri! Oh! le hideux mensonge, l’affreuseperversité! L’homme de la borne nous paraît moins dégoûtant; celui-là au moinsne ment pas, il ne simule point la tendresse, il ne parle jamais de repentir. H sclaisse mettre à l’encan, et il appartient a celle qui lui donne le plus ; mais c’est son