L'OUVRIKR DK PARIS.
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sos douleurs, ses joies, ses crainles, ses espérances. ses amours et sou nid, jusqu'illa croix noire semée de larmes blanches sous laquelle sera doux le sommeil dupauvre ouvrier ; car alors il appartiendra a ce maître juste et bon qui proportionne,lui, le salaire au travail, aux fatigues de la journéo. lit sur cette route pénible quisépare le point de départ de celui de l’arrivée, quels contrastes à chaque pas! queîle sujets de réflexion, d’attendrissement, d’indignation! Dans le chemin, il y a desbaltes riantes et des stations bien tristes, soit qu’on pénètre avec lui sous le vertmarronnier de la guinguette, où il chôme en famille les bonnes fêtes du calendrier,soit qu’on l’accompagne à l’église paroissiale, où la religion doit bénir et consacrerles phases diverses et les grands événements de sa vie laborieuse; soit, hélas! quele suivant sous la barricade de nos discordes civiles, on le voie, soldat improviséet follement armé par des déclamateurs insensés, traduire en balles qui tuent leurssystèmes qui ont la prétention de réformer, d’améliorer et de guérir !
L’enfance de l’ouvrier est bien vile passée, ou, disons mieux, l’ouvrier n’a pasd'enfance. Comme cette déesse de l’antiquité, sortie tout armée pour la guerre, ducerveau d’un dieu, l’enfant du pauvre vient au monde tout armé pour le travail,on lui laisse à peine le temps de sortir de ses langes, et la main de l’enfant du richen'a encore touché qu’un hochet de cristal, que déjà le lils de l’ouvrier a manié l'in -strumcnl de fer qui doit aider à payer sa part du pain qui se mange plus vite depuisla venue de cet hôte nouveau dans le pauvre ménage. Hélas! oui, le premier déve-loppemenl de ses forces physiques est épié plus avidement encore que son premiersourire.
Les Francs , nos ancêtres, ne se réjouissaient de leur paternité que lorsque leurlils commençait à soulever la hache de guerre. « Il est en état de se battre ! » était lepremier cri de joie qui s’élevait auprès d’un berceau. La nécessité de combattresans cesse, l’impossibilité de vivre sans la victoire, se devinaient dans cette excla-mation. Lite autre nécessité aussi impérieuse, une lutte aussi incessante, aussi ani-mée, se trahissent dans la satisfaction avec laquelle l’ouvrier s’écrie en parlant deson enfant : « Il est en âge de travailler! » Les besoins du travailleur débordentpour ainsi dire dans ce cri... Ces besoins sont si puissants, qu'ils dominent la voixdu sentiment le plus énergique du cœur de l’homme, la paternité !
Si la nécessité devance le développement des forces de l’enlant de l’ouvrier, l'airde Paris hâte prodigieusement les progrès de son esprit. Paris , centre et foyer d’ac-tion, d’animation, d’intelligence, a le don d’aviver à son atmosphère hâtive tout cequi naît et croît dans son sein. Comme les plantes de ses jardins, comme les arbresde ses promenades, l’enfant de Paris devance, par ses développements précoces, lesnatures robustes, mais brûles de nos campagnes : passions, talents, vices, vertus,tout chez lui croît spontanément, avant l’enseignement, avant l’âge. 11 apporte, pourainsi dire, en naissant, la science du bien et du mal.
L’expérience, autour de lui, se présente partout et toute faite. Spectateur encoreinsensible des agitations humaines, témoin naïf des scènes variées de la civilisa-tion, son jugement encore neuf, son esprit promptement éveillé, saisissent, com-prennent. analysent et comparent avec toute leur lucidité, toute leur netteté pre-