LA FEMME DE PROVINCE.
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mois, n’est pas une femme de province. Est-elle une femme de province, l’épouse decet Omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre h dix départements en sept ans,depuis que les ministères constitutionnels ont inventé le Longchamp des préfec-fures? La femme administrative est une espèce 'a part. Qui nous la peindra? LaBruyère devrait sortir de dessous son marbre pour tracer ce caractère.
Oh ! plaignez la femme de province ! Ici l’encre devrait devenir blême, ici le becaffdé des plumes ironiques devrait s’émousser. Pour parler de cet objet de pitié,l’auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de sa plus belle plume, alin de caresserces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes et languissantes, de rafraî-chir les vieux fonds de magasin que cette femme impose à sa tête, de cylindrer cesétoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelleshéréditaires, secouer ces vieilles fleurs aussi artificieuses qu’artificielles, étiquetéesdans les cartons, ou serrées dans ces armoires dont les profondeurs rappelleraient auxParisiens les magasins des Menus-Plaisirs et les décorations des opéras qu’on ne joueplus? Quel style peut peindre les couleurs passées de la bordure qui entoure le por-trait de cette pâle figure? Comment expliquer que les robes sont flasques en province,que les yeux sont froids, que la plaisanterie y est, comme les semestres des rentessous l’empire, presque toujours arriérée ; que les cœurs souffrent beaucoup, et que lelaisser-aller général de la femme de province vient d’un défaut de culture de ce mêmecœur infiniment négligé, mal entretenu, peu compris. La femme de province a uncœur, et s’en serf très-peu ou mal, ce qui est pis. Or la vie de la femme est au cœur,et non ailleurs. Aussi la sagesse des enseignes a-t-elle précédé les lois de la sciencemédicale, en disant la femme sans (cte pour exprimer une bonne femme, la vraiefemme. Une femme heureuse par le cœur a un air ouvert, une figure riante ; jamaisvous ne verrez une femme de province réellement gaie ou ayant l’air délibéré. Pres-que toujours le masque est contracté. Elle pense a des choses qu’elle n’ose pas dire ;elle vit dans une sorte de contrainte, elle s’ennuie, elle a l’habitude de s’ennuyer, maiselle ne l’avouera jamais. J’en appelle à tous les observateurs sérieux de la nature so-ciale, une femme de province a des rides dix ans avant le temps fixé par les ordonna ncesdu Code Féminin, elle se couperose également plus promptement, et jaunit comme uncoing quand elle doit jaunir ; il y en a qui verdissent. Les femmes de province ont desblessures 'a l’esprit et au cœur, blessures si bien couvertes par d’ingénieux appareilsque les savants seuls savent les reconnaître, ctsi sensibles qu’il est difficile h un Pari-sien d’être une demi-journée avec une femme de province sans l’avoir touchée à l’unede ses plaies et lui avoir fait grand mal. Il a imité ces amis imprudents qui prennentleur ami par le bras gauche sans voir les bandelettes dont l'humérus est enveloppé etqui le grossissent. L’amour-propre impose silence à la douleur. L’ami ventousé parHippocrate présente dès lors sadroiteetrefusesagaucheà cette aveugle amitié. La femmede province,si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.
Sachons-le bien ! la France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandeszones : Paris et la province ; la province jalouse de Paris, Paris ne pensant â la pro-vince que pour lui demander de l’argent. Autrefois Paris était la première ville deprovince, la Cour primait la Ville; maintenant Paris est toute la Cour, la Province