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Province. Tome premier.
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'eulenl a scs foulards, les hommes du pouvoir à sa conscience. Que de choses adéfendre a la fois! El n'est-ce pas l'a une tâche bien lourde quand on arrive de sonarrondissement et qu'on en comprend les besoins!

N’importe, nous voici sur la brèche. Notre député sait très-bien qu’il aura descombats à soutenir, il s’y excile ; des ennemis à vaincre, il les atlend. Il laisse à sonépousé le soin de réduire les assaillants domestiques, ceux qui spéculent sur les bé-vues personnelles et les écoles provinciales; il ne se réserve pour lui que les anta-gonistes politiques. Ee premier se présente sous la forme d'un garde municipal,b’élu du clocher s’affermit sur ses talons; d'un regard il foudroie le sbire qui luil'einet, avec force politesses, un pli ministériel. On ne recevrait pas avec plus dedignité une sentence de mort. Ee cachet brise, il se trouve que c’est tout unimentune invitation à dîner de la part du président du conseil. « C’est ça, on veut mecorrompre; du sang-froid. Mon rôle commence. J’irai à ce dîner pour prouver queje comprends les besoins de mon arrondissement. » En effet, au jour lixé, notrehomme se rend au ministère. Il y trouve nombreuse compagnie, un von

aimable, des convives spirituels. De corruption, pas un mot ; mais de bons vins etun service à souhait. E’élu sent qu’il lui est impossible de reculer, et qu’il lui impoliede prendre une position. Il n’hésite pas, boit du médoc avec acharnement, et attaqueun sauté aux truffes avec une hardiesse digne d’éloges. Son succès est des plus com-plets. Aussi, de retour chez lui, il se précipite avec effusion dans les liras de sonépouse. « Chère amie, s’écrie-t-il, je suis content de moi; on ne mord pas mieuxaux affaires publiques. C’est moins dur que je ue le croyais. »

Ee Piubicou est franchi; notre héros n’a plus qu’a marcher devant lui, le champest libre. Seulement, quelques jours plus tard, une nouvelle épreuve se présente,mais bien plus décisive. Il s’agit d’un bal à la cour! Ea cour, quel abîme! Comments’y tient-on à la cour? Faul-il s’v promener les mains derrière le dos comme Na-poléon, ou le poing sur la hanche comme Bocage? Faut-il y aborder les ambassa-deurs des puissances étrangères pour leur témoigner que l’on sait vivre? Faut-ils’entretenir avec le roi et lui prouver que l’on n’est nullement étranger aux besoinsde son arrondissement? Problèmes graves! problèmes complexes! E’élu du clocherse décide a les affronter. Il se fait habiller de bleu national et culotter de satin ; ils’arme du chapeau monté, et franchit impétueusement le grand escalier du château.Ih) huissier lui demande son nom, il le jette hardiment; des plateaux circulent, il lesaborde en téméraire, se livre à l’assaut des buffets, soupe démesurément, et regardeles quadrilles dans une attitude qu’un prince ne désavouerait pas. Jamais triomphe"e fut plus complet. Ea soirée se passe pour lui comme s’il avait toujours vécu dansce tte atmosphère. On dirait un boyard, un magnat, un lord, un grand d’Espagne . Ilse tient presqu’aussi droit qu’un chef de bataillon de la garde nationale. « Décidé-ment, dit-il aux siens le lendemain, je suis né pour les grandes choses. Ea députationest mon élément. »

Ainsi peu à peu noire héros se forme, s'assouplit, se civilise; il prend l’aplomb'le son rôle el se fait un nouveau centre de gravité. Mais jusqu’ici il n’a eu à lutter‘P'e contre les accessoires de ses fonctions, a sc poser seulement dans la partie exté-