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Province. Tome premier.
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L’IÎMI I)li CLOCllKII.

rieure de son mandat. On peut, sans être député, aller dîner chez un ministre et dé-vorer avec succès les babas de la cour; il suffit pour cela d’avoir un estomac dignede ce nom. Mais bien digérer n’est pas tout le député, et la question parlementairene se réduit plus, comine sous M. de Villèle, a une simple question de mâchoires. Ona d’autres devoirs qu’on est censé connaître, d’autres obligations qu’on est censéremplir. C’est ici que les anxiétés de notre héros recommencent. La session s’ouvredemain; elle sera grave, intéressante, décisive. S’il allait manquer son entrée â lachambre? Tous les yeux, il se le ligure du moins, vont se lixer sur lui. Ce n’est pastout que de comprendre les besoins de son arrondissement, il faut encore savoir ceque l’on fera, où Ton ira s’asseoir. Le palais Bourbon est une mer inconnue dont onne connaît ni les écueils, ni lesgouffres. Comment s’y dirigera-t-on? L’élu du clocherne se désespère pourtant point. Il compte sur sa prudence habituelle, et ne doutepas que ses brochures agricoles, distribuées avec intelligence, ne lui fassent bientôt,sur les bancs de la chambre, des amis et des admirateurs. Seulement il sent que,pour les premiers jours, il a besoin de toute sa réserve, de toutson sang-froid. Ar-rivé en face du palais législatif, il le toise avec défiance, ne s’engage pas sans craintedans ses vestibules, et embrasse l’hémicycle parlementaire d’un regard mêlé d’ap-préhension. Revenu de ce premier mouvement, il tombe dans un paroxysme de viva-cité nerveuse, affecte des airs dégagés, joue l’habitué, l'homme qui sait les cires,marche résolument vers toutes les issues, se perd dans la buvette, s’abîme dans levestiaire, et se retrouve à grand’peine dans la salle des conférences. Au fond, cesmanières d’un familier nourri dans le sérail et initié a ses détours, ne serventguère qu’à déguiser une préoccupation profonde. Tout en marchant comme s’iln’ignorait rien, notre héros observe, examine tout. Ces huissiers qui le saluent, cespupitres chargés de papier blanc, celte tribune aux rampes de marbre, ce fauteuildu président qui conserve on ne saurait dire quel air dominateur, tout devient, desa part, l’objet d’un examen défiant, d’une enquête détaillée. 11 voit des pièges, deschausse-trapes sur tous les points. Ce mouvement, ce bruit, ces groupes, ces alléeset venues sont des abîmes où sa raison se perd. Il s’observe, se surveille, et ne pro-cède qu’avec des précautions infinies. « Je marche sur un volcan,» dit-il en lui-même,lit il a peur du sortd’lïmpédoele.

Cet état d’angoisses et d’isolement a son terme. La chambre est pleine de moniteursofficieux qui volent au secours des âmes en peine, qui les rassurent, lesstylent, lesforment au grand art de faire des lois au moyen de l’exercice fémoral que Ton nommel’assis et le lever. Vieux pilotes de ces parages, ils prennent la direction de ces nefsdésorientées, et se chargent de les conduire au port du scrutin secret, au havre de laboule blanche. Une fois tombé entre les mains de ces habiles mentors, l’élu du clo-cher ne s’appartient plus. On ne l’abandonnera à lui-même que lorsque son éduca-tion sera complète, achevée, digne du maître. Voici donc notre héros en tutelle, maisque cette tutelle est douce ! On sème de fleurs les sentiers qu’il parcourt; on étenddes tapis sous ses pieds ; on veille sur ses pas, sur ses gestes. C’est une chose sigrave qu'un mouvement parlementaire. Se lever mal à propos, rester indûmentassis, il y a Ta de quoi bouleverser des empires. Celte responsabilité