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Province. Tome premier.
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L’ÉLU DU CLOCIII'li.

pour le nouveau venu ; on s’est chargé de toul, meme des révoltes de sa conscience.Plus de souci moral, plus de peine physique. Se rencontre-t-il une monlague sur lechemin, on la rase a son intention ; un vallon, on le comble. Tout ce terrain inégal dupalais Bourbon , hérissé de bureaux et embarrassé de méandres de questure, coupéde commissions et de sous-commissions, de messagers d’état et de secrétaires, deprésidents et de rapporteurs, on le lui fait connaître, on le lui fait parcourir sansfatigue, sans ennui, en se jouant. Jamais initiation ne fut plus charmante et plusdouce. S’il a un nom a choisir, on le lui choisit; s’il a un bulletin à écrire, on le luidicte; s’il a un mot a prononcer, on le lui souffle. Ou va jusqu'à penser, jusqu’àraisonner pour lui : c’est magique.

Cette éducation comporte diverses phases. D’abord elle est limitée, terre a terre,élémentaire. On semble se délier de l’intelligence de l’élève, on 11e lui livre qu’un anu les secrets de la tactique transcendante, a l’usage des pouvoirs électifs. Le mentorest toujours là, agissant du coude, du pied, de la voix, tenant la bride serrée decrainte d’écarts. Mais après quelques jours de ce manège, l’émancipation arrive.L’élu du clocher retrouve son libre arbitre, reprend son essor personnel. On lui alivré le grand secret du métier, la théorie du vote parfait et infaillible. Cette théorieest des plus simples. On lui a dit : « Voyez-vous là-bas, sur le troisième banc dedroite, M. ***, l’aide-de-camp de S. M., homme si spirituel; ou bien encore, ici,plus près, sur le cinquième banc en face, M. le comte”*, ce charmant orateur; ouencore , M. le baron directeur d’une administration fiscale, presque votreVoisin? eh bien ! suivez de l’œil l’un de ces trois députés. Ils donnent le vote-modèle,le la parlementaire. Quand l’un d’eux se lèvera, levez-vous; quand il demeureraassis, demeurez assis. Du reste, ces trois messieurs font le plus grand cas de votrebrochure sur les assolements : ils comptent en parler au roi dans une audienceprochaine. Vous voilà lancé; partez du pied gauche, vous irez loin.» Ces motssufüsenl à notre héros pour compléter son initiation : le noviciat cesse, la dé-putation commence. A la première occasion il s’essaie et obtient un succès fou.l’as une méprise, pas un faux mouvement; c’est parfait, c’est enlevé, c’est sanspeur et sans reproche. Les compliments arrivent au débutant de tous les coinsde la chambre; il est félicité à la ronde : peu s’en faut que la séance ne soit sus-pendue eu son honneur. L’enivrement du triomphe 11e l’exalte point il sent qu’il aencore beaucoup à faire pour arriver à la précision mécanique de ses vieux collè-gues; il perfectionne chaque jour ses mouvements, apprend à voter endormi, clparvient à pousser jusqu’au somnambulisme l’assis et lever parlementaire. Pas derévolte d’esprit, pas de scrupule d’intelligence, et si après une épreuve il demandeà son voisin : « Sur quoi a-t-on voté? » dans son âme il déplore cet élan d’une cu-riosité involontaire.

Ainsi lancé, notre député ne s’arrête plus. Tranquille parce qu’il se sent appuyé, ilva jusqu’à sc livrer à des inspirations personnelles. La stratégie parlementaire secompose de mille détails auxquels il applique ses brillantes facultés. La science desbravos, lancés avec justesse, 11’a pas de plus profond interprète; il en connaîltoute la gamme, el pourrail en écrire le contre-point. Tantôt il détache le bravo