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Province. Tome premier.
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El. pour comble d’infortune, il lui faut encore acheter ce droit au moyen d’unesomme annuelle lixée arbitrairement par son seigneur féodal. Dans de telles condi-tions qui ne laissent d’autre perspective que la fatigue, les privations, la misère...on juge ce que le pauvre tenancier doit déployer de génie inventif, de ruse, de di-plomatie pour parvenir a composer une troupe !... Ce Talleyrand des coulisses estd’ordinaire un ancien détestable acteur retiré, que la perle totale de sa mémoireel les rigueurs du public ont jeté malgré lui dans la carrière administrative. Il pos-sède communément un nom de comédie : Blinval, Dorival, Survillc, Merville, Der-cour, Floricour, Rosancour. Prenons ce dernier. Rosancour a cinquante ans. Sa tailleest au-dessous delà moyenne; son embonpoint est extrême. Il décrit en marchantun demi cercle convexe, tant sa lêle se porte fièrement en arrière, tant son abdo-men est proéminent. Son allure est ’ e de verdeur ; sous le verre de ses largesbesicles, son mil émérillonné, brillant d’un feu tant soit peu lubrique, et son teinttrès-haut en couleur, attestent qu’il n’est l’ennemi ni de Cornus, ni de Bacchus, nide Vénus. A la manière dont il pindarise ses mots, dont il fait rouler les r, a lasonorité presque métallique de sa voix, on devine que cet homme a dû remplirjadis les rôles de maître, les héros. Le mélodrame était à coup sûr son genre deprédilection. A part les dames auprès desquelles il est galant a la façon de M. Pru-d’homme, on le trouve en général plus insolent que civil. Il manie bien l’épée, etvous l’entendrez au café citer complaisamment les affaires où il fit mordre la pous-sière à ses ennemis. Jamais homme n’en eut un plus grand nombre : tous ceuxqui le sifflaient, c’est-à-dire tous les spectateurs, étaient ses ennemis. Il tient beau-coup du Robert Macaire ; son aplomb, sa jactance, ses manières aisées contras-tent singulièrement avec la vétusté, la pénurie de son costume. Toutefois il n’estpar fourbe par tempérament, comme Robert Macaire ; s’il trompe, c’est par néces-sité. Malgré son habile faconde et le luxe de promesses qu’il déploie pour séduireses acteurs, il uc parvient jamais à réunir que les plus détestables ou les plus ré-calcitrants, sorte de soldats volontaires qui, ne pouvant supporter aucun joug, au-cune discipline, s’enrôlent dans ces espèces de corps francs, qu’ils abandonnent sansfaçon, dès que le double butin des écus et, des applaudissements ne répond pas àleurs espérances. Les recettes sont-elles passables, il y a parmi eux rivalité effrénéed’amour-propre; avec les cheveux ils s’arrachent les rôles ( les bons s’entend ) ; pourles rôles secondaires, personne n’en veut, à plus forte raison des mauvais. Le publicdésertc-t-il le théâtre, tous menacent d’en faire autant et d’aller chercher fortuneailleurs, si bien que, dans l’un et l’autre cas, le pauvre Rosancour est dans une égaleperplexité, soit pour les contenir, soit pour les retenir. Au milieu de ces continuelsdiscords, le répertoire reste toujours le môme, et le public demande du nouveau.C’est dans cette situation critique que Rosancour développe toutes les ressources desa brillante imagination. Nul n’est plus fort dans l’art de dénaturer les titres des an-ciens ouvrages. C’est ainsi qu’après avoir représenté plus de vingt fois Y Abbé del’Epée, n’ayant pour son dimanche aucune autre pièce à sa disposition, il le lit affi-cher sous le litre du Muet mystérieux, ou le. Combat de l'Ange et du Démon . Uneaulre fois c’esl la tragédie A'Hnmlet annoncée sous celui de YUrne funéraire, ou