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Province. Tome premier.
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LE DIRECTEUR D’UN THEATRE DE PROVINCE.

2 S

Roule vous me direz : « N’importe ! je veux le savoir. » Je vous répondrai : « Ça nesc peut plus, vous dis-je; vous aimez votre mari, vous l’adorez, rien ne manque àvotre félicité... » Peut-être Christine me direz-vous : « Vous ai-je dit cela?.. » Oh!alors, je vous répondrai : « Il serait possible ! vous ne seriez pas heureuse... il neme manquait plus que ce chagrin-là. Votre mari est brutal... il vous bat peut-être?..Dieu ! si j’osais lui chercher querelle! » Il me semble, Christine, vous entendreme dire :

Air de Céline.

Eh bien ! si votre ancienne amieConserve encor quelque pouvoir ,Conliez-lui, je vous en prie,

Ce secret qu’elle veut savoir.

Oh! si en effet, Christine, vous me disiez cela, avec quel élan d’amour je vousrépondrais :

( Suite de l’air. )

Puisque votre cœur le désire ,

Mes secrets, les voilà.mais je vois

Qu’à présent il faut vous les dire....

Vous les deviniez autrefois.

Ainsi de suite jusqu’à la lin de la pièce. Aucune difficulté n’arrête Rosancour : il ades ressources pour tout, et comme Napoléon il trouve que le mot impossible n’estpas français. Pour la distribution d’un ouvrage, il a recours, s’il le faut, à la trans-mutation des sexes, c’est à-dire qu’il fait d’un oncle une tante, d’une sœur unfrère, etc. ; ou, si le sexe des personnages est conservé, ce sera un jeune-premierqui fera l’ingénue, ou la duègne qu’il affublera en vieillard cacochyme. Il ne redouteaucunement la colère du public. Dans les jours orageux, au plus fort de la tempête,il voit d’uu œil calme s’agiter devant lui les flots tumultueux du parterre. Les injures,les apostrophes, les coups de sifflet, ne l’émeuvent guère... il en a tant reçu dans savie ! Sans avoir de l’esprit, Rosancour s’exprime avec une certaine facilité. Ce qu’ildit est toujours on ne peut plus commun, mais ses phrases se succèdent sans inter-ruption. 11 ne reste jamais court, grande qualité aux yeux d’un parterre de pro-vince; et, comme sa voix a de la puissance, qu’il parle avec un aplomb incroyable,il finit toujours par apaiser son public, auquel il prodigue les éloges les plus outréset les protestations les plus touchantes de zèle, de dévouement pour ses plaisirs,et de reconnaissance inaltérable pour la bienveillance dont on l’honore, et dont iln’a d’autre désir que de se rendre digne. Mais où Rosancour est surtout curieux àvoir, c’est dans scs rapports avec un acteur de la capitale, lorsqu’à force de démar-ches humbles et serviles, de promesses dorées, de flagorneries hyperboliques, il estparvenu à traiter avec lui de son congé. Avant l’arrivée du grand artiste, comme ilse trémousse dans sa petite ville ! comme il feint de multiplier ses ordres à son ré-