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Province. Tome premier.
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LE DIRECTEUR 1) ’ L N THEATRE DE PROVINCE.

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gisseur, pauvre hère, véritable maître-Jacques dramatique, cumulant les fonctionsde régisseur, d’acteur, de secrétaire, de souffleur, d’inspecteur-général, etc. 11 fautl'entendre pérorer au café. On fait cercle autour de lui.

« Nous allons voir, dit-il, comment les habitants de cette ville répondront auxsacrifices inouïs que je fais pour varier leurs plaisirs et leur donner Floridor, lefameux Floridor de la Comédie-Française . Si celui-là ne fait pas chambrée complètechaque soir, c’est à ne plus leur montrer désormais que les géants, les bêtes ou lesmarionnettes de la foire.—Mais, lui dit-on, comment votre troupe pourra-t-elleseconder M. Floridor dans la tragédie? non-seuleinent elle chante l’opéra, mais parla perte de vos premiers sujets...—J’ai pourvu à tout, » répond Rosancour avec uneassurance que dans le fond du cœur il est loin d’éprouver; car, il ne peut se le dis-simuler, depuis six semaines lui et les siens ne vivent que de M. Floridor. Boucher,boulanger, marchand de vin, imprimeur, lampiste, employés de tous genres, n’ontcontinué le crédit que dans l’espoir d’être payés du présent et de l’arriéré sur lesrecettes produites par le grand Floridor... Et s’il refusait de jouer avec les débrisd’une si détestable troupe, que devenir?... « Bah! dit Rosancour en lui-même, nousverrons; la Providence est grande, et je trouverai bien encore quelque tour dansma gibecière. » Floridor arrive. Rosancour, avant de se rendre à son hôtel, et pourdonner à sa visite une certaine importance, se fait précéder par son régisseur, quivient humblement prendre les ordres du grand artiste pour le choix des pièces dedébut et l’heure des répétitions. Lorsqu’il croit s’être fait suffisamment désirer, Ro-sancour se présente, mais avant d’entrer il fait grand bruit sur l’escalier. Tout l’hô-tel est sur pied. On l’entend crier : « Où est-il, où est-il notre grand acteur? » On luiindique l’appartement; il s’y précipite essoufflé comme s’il était venu en toute hâte.« Eh! le voilà! le voilà!... Pardon, mille pardons de ne m’être pas trouvé à votredébotté... Je sors de chez monsieur le préfet, de chez monsieur le maire, qui m’a-vaient fait demander. La santé... le voyage?... Je vous avais envoyé mon régisseur;êtes-vous content de l’appartement qu’il vous a choisi? 11 avait reçu mes instruc-tions positives à cet égard. Du reste, c’est le meilleur hôtel de la ville, où descendentles riches étrangers, les princes. Si cependant il vous manquait quelque chose, dites-le-moi, et sur l’heure... »

Floridor, étendu sur un sofa, répond fort négligemment à cette vive sollicitude.Rosancour, qui s’est approprié de son mieux, tout en parlant, et pour se donner unair cossu, fait sonner quelques pièces de cent sous mêlées à beaucoup de clefs qu’ilporte dans les deux goussets de son pantalon.

« Vous aurez, dit-il, à vos représentations, la plus belle société... L’annonce devotre arrivée que j’ai faite hier moi-même au théâtre, entre deux pièces, a produitune sensation impossible à décrire. Ah ça ! sous quel titre vous annoncerai-je? jen’ai rien voulu prendre sur moi dans la crainte de vous déplaire — Comment, sousquel tilre? Parbleu, mon cher, ce n’est pas difficile : M. Floridor, sociétaire et premiersujet de la Comédie-Française. — Cela va sans dire, mais croyez-vous que ce soitassez? —Je ne vous comprends pas. — Avec votre admirable talent, votre immenseréputation, sans doute cela devrait suffire; mais dans ces petites villes de province, ils