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Province. Tome premier.
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U- DIRECTEUR D’UN T lll'AT RE DE PROVINCE.

sont si arriérés, si hôtes... D’ailleurs, tous les artistes de votre théâtre, mômes lesplus médiocres, lorsqu’ils voyagent, usurpent ce litre de premier sujet.— Qu’y l'aire?je n’en saurais cependant prendre d’autre. — Non ; mais ne pourrions-nous pas lecompléter ? Si, par exemple, après avoir annoncé i\l. Floridor, sociétaire et premiersujet de la Comédie-Française, nous ajoutions, successeur de ïalma, seul héritier desa gloire : qu’en dites-vous? — Cela sent un peu le charlatanisme, et je le déteste.—Pas plus que moi... mais c’est le public qui nous y pousse... il est si peu connaisseurde sa nature que si nous ne lui disons pas d’avance que vous êtes un sublime tra-gédien, le successeur de Talma, il est capable, en vous voyant jouer, de ne pas s’endouter. — Faites comme vous l’entendrez, mon cher; mon répertoire, du moins, est-il tout prêt ainsi que vous me l’avez mandé? — Oui; mais nous'serons obligés defaire quelques transpositions. — Comment! ne pourrai-je débuter par llainlet? —Mon Dieu non, madame Saint-Victor, qui devait jouer Gertrude, m’a plante là... aumépris d’un engagement: c’est une horreur! — Madame Saint-Victor? Je crois laconnaître. — Oui. Elle a joué Jocaste avec vous, il y a trois ans, nous a-t-elle dit,lorsque vous fûtes àMaubeuge. — Mais non... c’était, s’il m’en souvient, une ma-dame Saint-Ernest qui remplit ce rôle. —C’est la même. A cette époque elle étaitavec Saint-Ernest . L’année dernière, c’était madame Bercour; cette année, c’est ma-dame Saint-Victor. — Par où donc débuterai-je ? — Je ne vois guère que Sémiramisqui puisse aller.— Qui donc jouera Sémiramis, puisque votre madame Saint-Ernest ou Saint-Victor vous a quitté ?— C’est la petite Fanuy, la fille du maître de musique,ma première Dugazon. — Votre Dugazon, elle est donc jeune? — Dix-sept ans auplus, jolie comme un cœur. — Mais c’est une mystification, Sémiramis jouée par uneenfant de dix-sept ans ! —Que voulez-vous, je n’en ai pas d’autres... D’ailleurs, vousvous effrayez à tort, nous la grimerons. Elle est très-intelligente. Madame Saint-Victorne manquait pas de talent, j’en conviens, mais vous savez combien elle était arro-gante, susceptible : pas moyen de lui faire une observation... celle-ci au contraire estpleine de bonne volonté : elle vous écoutera, et suivra vos conseils avec une soumis-sion aveugle ; c’est une petite cire molle que vous pétrirez à votre guise. — EtAssur! qui jouera Assur?—Oli! pour celui-là, soyez tranquille, j’en réponds...C’est Dorgeville. — Dorgeville n’était-il pas à Lyon l’année dernière ? — Précisément.

— Oh ! le misérable ! c’est lui qui nous a fait siffler le dénouement d'Iphigénie enAulide, dans son récit d’Arcas, dont il n’a pu dire deux vers : mais il ne jouait à Lyon que les confidents ?— 11 tient ici l’emploi de premières basses-tailles. Encore une foisje vous réponds de lui ; le public l’aime à la folie. Dernièrement, il nous a joué lerôle de Lepeintre jeune, dans Renaudin de Caen; il y a fait crever de rire.—Mais quelrapport ce rôle a-t-il avec celui d’Assur? — 11 s’en tirera bien, vous verrez... Voussavez ce que c’est qu’un acteur aimé... il a planté la foi ici. Le public lui passe tout.

— Dites donc plutôt que c’est lui qui passe tout au public ; il ne sait jamais un motde ses rôles.—On y est habitué... D’ailleurs, ce n’est pas lui, c’est vous qu’on viendravoir et admirer... Ne vous préoccupez donc pas autant de votre entourage, et venezrépéter. » Il entraîne Floridor au théâtre. Dans la rue, Rosancour ne marcheprès de lui que le chapeau à la main, et dans l'humble altitude d’un eourlisanqui