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Province. Tome premier.
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sence, ils voudraient le garder toujours.Mentionnons seulement deux petites

formalités que ne pratiquaient pas les anciens : on lui demande son passe-port quandil arrive, et on lui présente une carte à payer quand il part.

La condition première, le complément indispensable d’une auberge, c’est la filled’auberge. La fille! ne lui cherchez pas d’autre nom. Vieille ou jeune, laide oujolie, fille ou femme mariée, peu importe! Elle a quitté jusqu’à son nom de bap-tême, par égard pour le voyageur : attention délicate qui épargne à celui-ci un grandtravail d’esprit et de mémoire. Il peut parcourir la France entière, et s'arrêter danseenl hôtels différents; il y aura toujours quelqu’un qui répondra à sa voix, quand,de ce ton impérieux que l’on prend hors de chez soi, il criera : La fille !

D’où vient que Paris a relégué la fille d’auberge en province, et que— le garçon —règne sans partage dans nos cafés, nos hôtels et nos restaurants? A Dieu ne plaiseque je ferme les yeux aux qualités de ce dernier. Ses cheveux, coupés ras et soi-gneusement rabattus sur ses tempes, sa cravate, d une entière blancheur, commecelle d’un médecin; sa veste ronde, ses bas et ses souliers, donnent a sa personneune distinction que je suis forcé de reconnaître. Qu’il soit moins bavard, moinslent, d’un service plus commode que la fille, j’en conviens; qu’il conseille plussagement, et disserte avec plus de profondeur sur le menu de la carte et les provi-sions de l’étalage, je le veux encore; mais il est si froidement altentionné, si inso-lemment poli, si égoïstement dévoué! son amabilité choque, ses grâces fatiguent,ses soins repoussent. Sa perfection est un composé de défauts.

La fille d’auberge, qui a des prétentions moins élevées, plaît davantage. Elle eslcurieuse, distraite, négligente ; elle vous laissera vous morfondre près d’un dîner(pii refroidit, pour se mêler à un commérage, pour voir défiler la parade dans larue; mais du moins elle vous sourira au retour, elle fera attention à vous, vousserez quelque chose pour elle; vous lui plairez ou vous lui déplairez, et, en dépitde votre orgueil et de votre aristocratie, le sentiment de sa bienveillance vous oc-cupera, vous tiendra compagnie.

Demandez aux Anglais qui viennent s’épanouir un peu au soleil de Paris : lesAnglais ne connaissent chez eux que la fille d’auberge. Le garçon est une de cescuriosités qu’ils regardent sans les comprendre. On sait ce mot naïf d’un gentlemantout jeune, et qui, n ayant rien vu, ouvrait des yeux étonnés à l’aspect d’un garçonde restaurant.

« Garçon , disait-il avec cet air grave d’un homme qui s’est longuement consultésur un cas difficile; gârçon !

— Voilà, monsieur, voilà !

— Garçon . étiez-vous le fille? »

C’est à la fille d’auberge surtout qu’on peut appliquer cette variante du proverbe— Dis moi oit tu sers, et je dirai qui tu es. —Entre la grosse paysanne de cabaret etcette créature si alerte et si découplée des grands hôtels et des tables d’hôte, quellesnuances diverses, quels contrastes de langage et de manières! Elles ne se ressem-blent pas; et pourtant, comme les nymphes de Virgile , elles ne diffèrent entre ellesqu’aulant qu’il convient à des sœurs.