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LA FILLE I) AUliERG K
préfecture, et sur la porte duquel brille en gros caractères cette pompeuse annonce .Ici on luge à pied et à cheval.
Autour d’elle tout est bruit et mouvement; point de repos, point de relâche : l’hô-tel est un petit monde dont la face se renouvelle sans cesse. Les diligences, lesbateaux a vapeur amènent, emportent des milliers d’individus de tout âge, de toutsexe, de toute condition. C’est ici que le rôle de la fille d’auberge s’élève, s’agranditdans des proportions immenses, que son intelligence se développe, et que son acti-vité trouve un digne aliment.
Au village, elle ne paraissait que sur le second plan, el comme perdue dans l’ombrede l’aubergiste, lequel ne dédaignait pas de s’attabler avec ses pratiques et de s’eni-vrer de son propre vin. Désormais la voila seule en évidence. C’est elle que l’onconnaît, c’est elle qui sert d’enseigne a l’hôtel, ou plutôt qui lient l’hôtel. L’hôte elsa femme vivent cachés dans les ténèbres de la cave, ou dans la fumée de la cuisine.Ils n’en sortent que pour courir aux halles et aux marchés. La fille brille dans lasalle â manger, sur les escaliers, dans les chambres. La lille va attendre et guetterles voyageurs à la descente des voitures. — Venaïur hommes, dit le fabuliste. —Elle les salue de loin, elle leur fait des mines d’intelligence, elle les appelle desyeux, elle les invite du geste, elle exerce sur eux la puissance attractive du regard ;et, quand tous ces moyens indirects ne réussissent pas, elle en emploie d’autres. Ellecite le nom de son hôtel, elle en vante les agréments, la commodité, la bonne chère,le bon marché. Elle vous étourdit et vous subjugue. Elle s’empare de votre mallequ’elle fait transporter par un homme a ses ordres : elle vous ferait porter vous-
même.mais sa victoire est complète : elle part, et regagne l’hôtel, suivie
des voyageurs qu’elle traîne à la remorque et qu’elle emmène en triomphe !
Alors commence la seconde partie, la partie la plus difficile de son rôle. 11 faut jus-tifier ces belles promesses dont elle a été si prodigue. Qui répondra b cent ques-tions diverses? qui retiendra dans sa mémoire cent ordres différents? qui sera lacarte vivante de l’hôtel ? qui dira ce qui manque et ce qui ne manque pas? qui excu-sera les mets mal apprêtés? qui suffira a tout? qui sourira à tous ? c’est la fille; ellecourt, elle se multiplie : elle écoute les uns, elle répond aux autres. Elle sert vingtpratiques a la fois : qu’est-ce, a côté d’elle, que César dictant a quatre secrétaires !
Quelques-unes de ces filles acquièrent ainsi une importance singulière, et devien-nent hors de prix. Une cantatrice en renom, une danseuse b la mode n’est pas plusexigeante ni plus impérieuse. Au moindre mot, elles s’emportent en menaces : elless’en iront; elles ne sont pas embarrassées, Dieu merci ! de trouver une meilleureplace. L’hôtel de l’Ëc/tleurafail des offres. La Tête-Noire leur a parlé. La Poste acouru après elles. Elles ne s’en iront pas seules. Une partie des habitués les suivront.
Elles partent en effet, et, au bout de quelques années, elles ont promené leurscaprices par toute la ville.
Rien ne peut arrêter cet animal servant.
Changez d’hôtel : vous ne changez pas pour cela de fille d’auberge. Vous re-