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trouvez partout un visage nouveau que vous connaissez, et qui vous sourit connuen un habitué. La fille est toujours hère de ceux qu’elle a servis ailleurs. Elle les reçoitcomme des compatriotes sur une terre étrangère; et tandis qu’elle leur fait les hon-neurs de l’hôtel, qui est, a l’entendre, le meilleur de la ville, elle fait au maître del’établissement leshonneursdeces nouveaux venus. Elle aura bien du malheur si.ellen’amène pas celui-ci à comprendre que c’est a elle seule qu’il doit leur présence.
Chaque hôtel a, d’ordinaire, une table d’hôte où se presse une population flot-tante d’employés, de commis, de clercs et de commis voyageurs. Ceux-là ne s’at-tachent qu’à la fille, ils la protègent et ils sont ses protégés. Vous les entendez deloin qui marchent à grand bruit dans la rue, et qui s’annoncent par des chants, descires, des discussions animées... Ils envahissent la salle, ils bouleversent les tableset les chaises. Ils sont chez eux. Jeanne! Henriette ! Adèle ! (ces messieurs, par unprivilège spécial, ne l’appellent jamais que de son nom). Que fait-elle? où peut-elle être? la voici enfin !
On la fête, on la complimente, on l’agace. Ses mains ne peuvent suffire à la dé-fendre. Mais le potage apparaît, et la sauve. Voilà nos galants en besogne. La filletourne sans cesse autour d’eux : elle jouit de leur appétit, elle prévient leurs de-mandes. Elle s’efforce au besoin de pallier les torts du pourvoyeur ou du cuisinier.Que ne peut-elle, comme la veuve Scarron , suppléer à un plat par une histoire !mais la veuve Scarron elle-même n’aurait pas payé de semblables raisons des con-vives tels que ceux-ci. Ils s’ingénient à obtenir de leur favorite quelque supplément,quelque douceur, des fruits plus beaux, uu vin moins acide. Ils la prient, ils laflattent de la voix, ils la flattent de la main. N’est-elle pas maîtresse et souveraine?si elle le voulait bien, leur labié serait sans doute mieux servie. Ils auraient desprimeurs, et, de temps en temps, du gibier... et elle les console, elle les apaise.Elle répond aux prières par de bonnes raisons, aux menaces et aux impatiences>pardes railleries, et parvient à renvoyer son monde content, sinon rassasié.
Le plus cher de ses amis, le plus zélé de ses défenseurs, le plus opiniâtre des ré-clamants, c’est le commis voyageur. La fille et lui sont faits pour se comprendre ets'aimer. Un instinct mystérieux les entraîne l’un vers l’autre. Le commis voyageurconnaît le faible que la fille a pour lui, et l’ingrat en abuse. C’est près d’elle qu’ilse console de ses échecs commerciaux ; c’est à elle qu’il débite ses plus détestablescalembours, ses compliments les plus usés, ses anecdotes les plus rebattues. Il l’ac-capare pour son service particulier, au grand détriment des autres habitants de l’hô-tel. Elle n’a des yeux que pour lui, des oreilles que pour lui, des pieds et des mainsque pour lui. La chambre du commis voyageur devient le quartier général de lafille ; Hélas ! que voulez-vous qu’on puisse refuser à cet homme qui parle si bienet qui possède une telle barbe !
C’est dans les grands hôtels de Lyon, de Bordeaux, de Rouen , qu’il faut étudier letype de la fille d’auberge. C’est là qu’il acquiert toute sa perfection. Voyez : lafille s’est faite demoiselle, sa robe étroite lui dessine exactement la taille. Elle s’ex-prime en termes choisis. Elle a de l’aisance, delà dignité, et des bandeaux. C’esttoujours, il est vrai, la même assurance de manières, la même intrépidité de re-