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Province. Tome premier.
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gard, mais avec <i«i dque chose de plus lin, de plus assoupli, de plus mesuré. Sesyeux sont fatigués et battus. Un observateur lui trouverait plus de décence, et nonpas plus de modestie.

C’est qu’elle voit défiler sans cosse devant elle des personnages titrés, de richesnégociants, des banquiers dédaigneux, tille parle leur langue, elle s’anime de leurssentiments, elle se forme à leurs manières et il leurs mœurs. Physionomiste con-sommée, un coup d’œil lui suffil pour juger un homme et proportionner ses soins iila gratification prévue, lille donne il sa voix une foule d’inflexions diverses. On di-rait qu’elle possède un visage différent pour chaque voyageur. Plie s’étudie a vousappeler de votre titre. Vous êtes pour elle monsieur le député, monsieur le rece-veur général, monsieur le comte, monsieur le marquis. Vous jouissez de votre con-sidération : vous vous complaisez à ces égards, à ces respects, a ces attentionslines.... C’est fort bien tant qu’elle vous parle; mais, derrière vous, elle vous dé-pouille aussitôt de tous ces titres qu’elle vous prodiguait si libéralement. Vous n’êtesplus pour elle ni receveur général, ni lord anglais , ni même député. Qu’êtes-vousdonc? un simple numéro.... le numéro de voire chambre! *

Montez, dit-elle, un couvert au cinq! — Apportez de l’eau-de-vie pour la dénidu trente six ! — Le neuf est-il sorti? — Préparez la carte du dix.

Sur quelque route, et par quelques messageries que vous ayez voyagé, ô lecteur,voici une impression de roynge que vous avez sûrement recueillie, et où la filled’auberge joue le rôle principal.

Clic, clac ! clic, clac ! une de ces maisons roulantes nommées diligences arrive, aumilieu de la nuit, dans une ville de province. Les chevaux épuisés retrouvent unreste de vigueur; le conducteur embouche son cornet à piston, tandis que le pos-tillon semble vouloir réveiller du bruit de son fouet tous les échos de la cité en-dormie. La lourde machine s’arrête a la porte de l’hôtel le plus apparent.

« Descendez, messieurs et mesdames ; c’est ici que l’on dîne ; vous avez une demi-heure. »

Les voyageurs s’éveillent; ils se frotlenlles yeux, ils se secouent, ils étendent leursmembres engourdis. Des bruits confus s’échappent des profondeurs de la voilure.« Conducteur, où sommes-nous? — Conducteur, sommes-nous bientôt arrivés? »lin même temps, des voix flûlées répètent d’un ton engageant : « Descendez, mes-sieurs et mesdames; le dîner est servi. »

Alors on voit sortir de leur prison, les uns après les autres, vingt personnagesdifférents, hommes, femmes, enfants, vieillards, affublés d’une manière grotesque,mal affermis sur leurs jambes, les yeux troublés, la figure pâle, et comme possédésdu vertige de l’ivresse. Tout ce monde se laisse conduire a la salle à manger, quiresplendit de mille feux ; une longue table, couverte de plats, est dressée au milieude la salle. Plusieurs jeunes filles, à la mine éveillée, vont, viennent, et circulentaveeagilité. Saisis par ce brusque passage de l’obscurité il la lumière, et du sommeil il lavie réelle, les voyageurs se croient le jouet d’un rêve ; ils hésitent, ils balancent : ilfaut que les filles d’auberge, les décident, les poussent, les fassent asseoir, et dé-plient (levani eux leur serviello.