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Province. Tome premier.
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LE GlilSET DL MIDI.

Vous riez de ce portrait, charmantes Parisiennes, et vous pensez qu’il en est duMidi comme de la capitale delà France . Eh bien, détrompez-vous! La grisette duLanguedoc fait de l’amour la principale affaire de la vie : c’est le besoin de sa jeu-nesse. Il brûle dans son cœur comme la lave dans le sein du volcan. Constammentoccupée de son amant, meme au milieu de ses travaux, ses beaux yeux fendus enamande et voilés par de longues paupières semblent ne se lever que pour lui.

De tout temps on a accusé les griSettes d’avoir un faible pour les élèves eu droitet eu médecine; c’est encore aujourd’hui comme avant la révolution : les luquets ',obtiennent presque toujours leurs faveurs. Toutefois, plus sensibles qu’avides, ellesne songent pas comme a Paris a tirer parti de l’amour de leur amant : aucune idéed’intérêt ne se mêle a leur tendresse ; jamais elles ne reçoivent rien, et si elles ac-ceptent par hasard un cadeau, il a si peu de valeur, qu’il n’est considéré que commeun souvenir.

On comprendra donc facilement la haine que le griset porte à l’étudiant. Cette aver-sion semble naître avec lui, et il n’est pas rare de le voir accompagné d’une centainede ses amis, attaquer, avec d’énormes bâtons, les élèves a la sortie des écoles. Chacunprend alors parti pour sa cause; le sang coule, et ces espèces de combats ne Unissentmalheureusement trop souvent que par la mort de quelques personnes. Ce n’est pasque le griset soit méchant, il est au contraire bon et affectueux ; mais naturellementporté â la colère, ses premiers mouvements sont violents. Mélange de rudesse et dedouceur, il est extrême en tout, dans le bien comme dans le mal, et le moment quisuit celui de la vengeance le retrouve encore aussi bon, aussi aimable, aussi légerqu’auparavant.

Les plaisirs bruyanls ont un charme tout particulier pour le griset. âussi les nom-breuses fêtes des campagnes sont-elles un alimenta la mobilité de son esprit : jamaisil n’en manque une. La musique, la danse, plaisent à son caractère, et il faudrait quesa pltchouno fût bien malade pour ne pas profiter d’une fête patronale afin de rani-mer la fraîcheur de son teint et l’incarnat de ses lèvres à cet air pur du Midi; ilfaudrait qu’elle fût bien triste pour ne pas sourire aux poulils drollés (jolis garçons)qui la regardent, afin de montrer ses dents blanches petites et perlées. Le grisetseratrop lier de son adresse au jeu du mail pour ne pas lui laisser mettre sa robe d’escot,son lichu a palmes et son tour de gorge garni de mousseline plissée ou festonnée.Heureux tous deux, ils se rendent donc a la fête, le griset avec quelques (leurs â laboutonnière, la grisette surchargée de bagues aux doigts, et ornée de sa chaîned’or et de ses grosses boucles d’oreilles, bijoux qu’elle ne met qu’aux grandes oc-casions.

Parmi les danses du Midi il en est deux particulières aux grisets de Montpellier quisont trop originales pour être passées sous silence : tou chivalel (le petit cheval ) etlas (retas (les treilles). La première, assez difficile à faire connaître dans une descrip-tion, est remarquable par la bizarrerie du costume des deux principaux personnages

* JXom que l'on donne aux étudiants, à cause de la Saint-Luc, époque à laquelle ils se rendent aux uni-versités, ou peut-être aussi à cause de leur taille mince et dégagée. En patois, luquel veut dire allumette.