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Province. Tome premier.
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LE G R1S K T DU MIDI.

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«iout l’un, homme-cheval, doit se montrer rétif et envoyer des ruades au secondqui fait voir son agilité et son adresse en évitant ses atteintes et en lui présentant unvan rempli d’avoine. Les autres danseurs sont vêtus de blanc et ornés de rubansde couleurs; ils ont des chapeaux couverts de plumes et quelquefois des culottes etdes bas de soie. Mais rien n’égale la danse des irellles pour laquelle les grisets ontune espèce de fureur. Aujourd’hui comme au seizième siècle chacun retient sa placequelquefois une heure d’avance. On se dispute la priorité, et très-souvent le diver-tissement ne commence qu’après bon nombre de coups donnés de part et d’autre.Alors c’est un spectacle vraiment gracieux de voir passer et repasser danseurs etdanseuses couverts des plus vives couleurs : des cerceaux, des guirlandes de fleursles enlacent, et tout cela avec un ordre et une précision tels, qu’il n’y a rien deplus animé et de plus curieux. Allez a Montpellier , lecteur, et l’on vous y dira quece ballet fut exécuté en 1564 devant Charles IX par des danseurs qu’il faisait bon voir;allez, et plus d’une fois, j’en suis convaincu, vous assisterez à cette danse que l’archi-duc Philippe, gendre de Ferdinand le Catholique , admira en 1505 et qu’il se rappelaitavec tant de plaisir dans ses états de Flandre .

O vous qui me lisez , bénissez Dieu s’il vous a permis au moins une fois dans votrevie de visiter notre Midi favorisé ; sinon faites en sorte qu’il vous soit possible d’yfaire un pèlerinage d’artiste. Et puis, a la Fête-Dieu , libre de toute préoccupation,mêlez-vous à cette foule d’oisifs qui encombrent la voie publique, allant et revenant,lorgnant à droite, à gauche, comme s’ils passaient en revue toutes les tenluresneuves et vieilles, les draps blancs et les sombres tapisseries qui ornent le devantdes maisons dans le chemin que le cortège de la procession doit parcourir. En vérité,l’on dirait que toutes ces fenêtres, ces portes, bariolées de jolies femmes depuis lehaut jusqu’en bas, ne doivent être vues que par ces hommes. Ils envahissent la rue ;faites comme eux. Ecoulez-les surtout, et a ce patois si joli, a cet entraînement, àcet amour des plaisirs, vous reconnaîtrez le griset. Ces processions sont celles qu’ilvoit tous les ans, celles qu’il accompagna dans son enfance, et pourtant il ne lesquitte que lorsque les tentures sont enlevées et que les feuilles et les fleurs répanduesà terre rappellent seules le passage du saint Sacrement.

La paresse du griset approche de celle du Tourangeau : elle le distingue mêmedes autres Méridionaux en général peu portés au travail. Assez riche ou du moinsdans l’aisance, il ne travaille que pour continuer l’état de son père. Ordinairementsa profession est de celles qui ne réclament que quelques heures de la journée. Mar-chand blatier, aubergiste ou mesureur de grains, voilà son état. Certes ce sont destravaux qui ne sont pas pénibles ; la parole seule eu fait tous les frais, et Dieu saitcomment il s’en acquitte, Il dîne vers une heure, et c’est une règle invariable chez luide ne traiter aucune affaire après ce repas. Alors il est réellement satisfait quandune main à sa papillote et l’autre près de son verre, il raconte à ses compagnonsattentifs le premier mensonge qui lui passe par la tête. Ne sachant rien a fond eln’appréciant des hommes et des choses que la surface, il aune tout à sa mesure de-vant les savants-ignorants qui l’entourent. Son auditoire indulgent l’écoute et ac-cueille par des éclats de rire bruyants les piquantes saillies dont il assaisonne ses