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Province. Tome premier.
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LE CONTKËBANDIEH.

Les assureurs, dont je viens de parler, sont des façons de courtiers, des êtres in-termédiaires créés pour couvrir d’un voile épais les opérations et la personne del’entrepreneur. Eux seuls ont des rapports avec les chefs de Lande, et Iraitenldirectement des conditions de l'importation, tarifée d’après la valeur, la distance,le volume, le poids et les obstacles de la surveillance h éluder. Envers l’entrepreneur,leur fidélité est garantie par un billet en due forme ; a leur égard, celle des chefs debande est maintenue par un nantissement en espèces ou en marchandises. Intéressésnéanmoins a voir les choses par eux-mêmes, les assureurs sont en locomotion habi-tuelle. Aucun temps, aucune saison ne les arrêtent : ils vont, viennent et retournentcontinuellement d’un point de la frontière à l’autre, sans jamais s’exposer pourtantaux risques du fait de l’introduction, ni à la fréquentation de la démocratie contre-bandière. Outre qu’il y aurait à eux imprudence plus que gratuite à s’aventurer,le sentiment de leur position comme seconds dans la hiérarchie de l’espèce, leurinterdit de se commettre étourdiment. A cinquante ans, les assureurs songent h laretraite, liquident leurs comptes et prennent habituellement une patente d’auhcrgislcou d’épicier.

Après les préliminaires obligés de garantie, la partie belligérante des contreban-diers , composée de porteurs , espions ou guides, reçoit de son chef l'avis secret d’en-trer en scène. Disséminée, depuis la veille, de l’autre côté de la frontière dansquelques habitations isolées, elle se réunit le soir même au magasin des marchan-dises. Là, chaque contrebandier trouve un ballot pesant cinquante à soixante livreset garni de bretelles pour y passer les bras. Convenablement lestée par un repas ar-rosé de rasades suffisantes pour ranimer son courage, la bande se charge, et, muniede longs bâtons ferrés, elle part en chaussons de criu, précédée d’espions éclairant samarche. Mais la nuit est sombre, la pluie ballante, le vent furieux, et l’on estaitmilieu de l’hiver! Qu’importe...! l’appât du gain est le plus fort, et d’ailleurs,n'est-ce pas Dieu qui envoie cet horrible temps pour mieux tromper Y habit vert 1 ? Onpoursuit donc à travers champs, halliers et fondrières. Les torrents, grossis par lapluie et charriant des glaçons, sont traversés à gué avec de l'eau jusqu’à la ceinture,les montagnes les plus escarpées, on les gravit par les périlleux sentiers des chamoiset des bouquetins. On parvient enûn à l’extrême frontière. A quelques toises plusloin doivent se trouver les embuscades des douaniers. Le silence observé jusqu’alorsdevient plus profond , en ce moment toujours suprême pour le contrebandier. Labande s’arrête, et les espions, détachés, vont en avant, à droite, à gauche; ils tour-nent, serpentent, rampent et flairent en explorant jusqu’au moindre buisson. ToutIl coup, l’un d'eux part avec la rapidité d’une flèche, glisse dans les rochers commeune ombre, se courbe et disparaît. Quelques secondes se passent, et l’on entendcomme un coup violemment assené, puis un cri sourd , étouffé bientôt par un mu-gissement du vent... Le contrebandier se remontre , approche du chef, et à l’instant

Sobriquet donné au douanier par les contrebandiers des Pyrénées; eeux du Jura et du nord de lat*raiirt' l’appellent Loup et Gabelou.