LIS 0 0NT H CB AN 1)1 K B.
32
la bande, couchée ventre h terre et agglomérée autour de lui, se relève, avance encourant, et franchit les lignes des douanes. Une heure après, l’importation est con-sommée et les marchandises en sûreté dans l’entrepôt de l’assureur. Le lendemain ,le bruit se répand dans le pays que le lieutenant d’ordre, en faisant sa ronde, atrouvé le cadavre d’un douanier portant les traces récentes d’un coup mortel sur latête , et que procès-verbal en a été dressé par le juge de paix assisté du procureurdu roi. Au bout de six semaines d’informations inutiles, la justice renonce a l’en-quête entreprise. Une croix est plantée sur le lieu du meurtre , et les contrebandiersse disent alors : « lin voila une de plus qui servira d’exemple! ! »
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et les contrebandiers ont aussileur part de revers dans la lutte incessante qu’ils entretiennent. Parfois trahisonmaladroits, ils tombent dans des embuscades fort disposées a les recevoir. Ils veu-lent résister : alors des morts, des blessés, des prisonniers, sont laissés par eux dansla mêlée. A la vérité, de tels exemples deviennent de plus en plus rares, car le con-trebandier se perfectionne avec les exigences de sa profession ; il n’ignore pas qu’enabandonnant b propos sa charge a la convoitise du douanier, il doit échapper a desdangers trop personnels. C’est dans ce cas, en quelque sorte, une convention mutuelleet tacite, et voici pourquoi Yhabit vert s’y prête : par la mort ou la capture du con-trebandier , il y a pour le douanier chances b peu près inévitables de cruelles repré-sailles; par la saisie pure et simple de la contrebande, allocation lui est attribuéecomme part de prise. Partant d’une logique aussi serrée, préférence donnée bien viteau ballot, et fuite assurée pour son porteur.
Si au nord comme au midi, b l’est comme a l’ouest, la contrebande est pratiquéepour le compte d’entreprises d’assurances, si partout elle est assujettie aux mêmesstipulations, il n’est pointa dire que le contrebandier basque ressemble en tous pointsau flamand ni au picard, et qu’il y ait identité parfaite entre le franc-comtois etl’alsacien. Leurs mœurs, leurs habitudes peuvent offrir quelques analogies généralesrésultant nécessairement des roses et des épines d’un métier par où débuta Mandrin.On peut reconnaître surtout que l'amour de la débauche, la passion du jeu, l’abusphénoménal du vin et des liqueurs fortes, sont des traits par lesquels ils ressortenttous ; que chez les uns et les autres les idées sur le droit de la propriété, du tienet du mien , n’ont pas l’accord désirable avec les opinions communes; que leurs prin-cipes d’économie politique ont une teinte d’excentricité qui s’harmonise péniblementavec les théories connues ; que leurs rangs décimés par des infirmités hâtives ne serecrutent pas ordinairement dans les classes où le travail et l’ordre sont traditionnels.Mais il y a loin de l'a a une uniformité absolue, et il serait inexact d’en déduire l’ab-sence de variétés dans l’espèce contrebandière. On y remarque donc la variété fla-mande ou picarde ; celle des Basques nuancée de béarjiais , ainsi que la franc-com-toise. Il y aurait peut-être encore a classifier les Alsaciens , mais depuis ces dernierstemps, leurs opérations n’ayant qu’une importance secondaire , ils attirent peu l’at-tention et tombent insensiblement dans l’oubli. Cette circonstance parait aussi duea la retraite simultanée de plusieurs gros entrepreneurs qui n’ont plus rien laissé àfaire après eux.