LE CONTREBANDIER.
55
A côté de ces variétés plus ou moins tranchées par le caractère de l’esprit, les im-pressions et les préjugés locaux, viennent se placer les smogleurs*, sorte de tribude marins exerçant la contrebande en-tre la France et l’Angleterre avec unsuccès tout particulier. Lesmogleurales habitudes d’un vieux matelot, soncostume n’en diffère pas. Il parle l’an-glais et le français avec une égale faci-lité et de manière a jeter des doutes sursa véritable origine. Cette aptitude ac-quise de très-bonne heure a cela d’a-vantageux pour le smogleur, qu’unnaturel inconstant le porte quelquefoisà changer de pavillon. A bord d’un con-trebandier français , il peut donc sedire des environs de Boulogne , et af-firmer sur un anglais qu’il est du paysde Kent. La vérité est qu’il est Français ,et aussi fier de l’être que s'il s’était battusur le Vengeur. Viennent une guerrecontre les Anglais , des lettres de mar-que , et l’on verra... ! On a remarquéqu’il aimait le vin de Madère et les Pi-cardes à l’adoration. Pour l’un il estaffirmé qu’il ne craindrait pas défairedes bassesses au cas échéant. Pour lesautres, il tient sans cesse à leur disposition un assortiment très-varié de foulards, detulles, de mousselines et autres objets de contrebande fort séduisants. C’est en s’a-donnant à ces deux penchants, équipollents en ardeur, qu’il consomme à terrepresque tout son argent et les trente-six heures de dissipation dont il est le maîtrede disposer par semaine. Au demeurant, le smogleur, passablement narquois et scé-lérat dans ses amours, n’en est pas moins très-serviable. Dès qu’on l’en prie, on enfait un garçon de noce, un parrain, un ouvreur d’huîtres. D’autre part, il prend lacommission avec un empressement modeste et sans la fatigante loquacité du commisvoyageur! Pas un fashionable de quelque valeur, à Dieppe ou à Boulogne, qui n’aitrecours à sa complaisance pour des gilets de flanelle anglaise ou des manteaux im-perméables. Bref, le smogleur, marin galant et contrebandier troubadour, se faitbien venir de chacun , et aurait une existence entièrement filée d’or et de soie, sansdes mailles à partir avec les gardes-côtes anglais . 11 sait qu’alors ce sont des coups de
it'Y.Ü
-LA là