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pus rebelle aux exigences de l’industrialisme, et peu de jours lui suffisent pour ensaisir le but et en apprécier la portée. Une semaine passée en France dans une bom-bance effrénée, a laquelle succèdent soudain un voyage en Belgique , puis un jeûnetrès-austère et des flagellations systématiques administ rées par des hommes babilles endouaniers, telles sont les bases de l’éducation contrebandière des chiens. Pour le reste,le poli du métier, on s’en rapporte entièrement à la sagacité qui distingue si éminem-ment la race canine. Quand arrive le jour delà mise en action alors d'un chenil ouverts élancent trente a quarante chiens ainsi préparés par l’abstinence et les coups.Eliacun d’eux est revêtu d’une espèce de harnais qui recèle du tulle ou du lil d'Ecosse .Us ont hâte, les infortunés , de fuir la Belgique , cette terre inhospitalière, et cou-vent à perdre haleine vers la Fiance pour y retrouver leur ancien gîte, ce paradisdont ils ont été arrachés. Parvenus bientôt à l’extrême frontière, les douaniers, dontle costume leur rappelle des ennemis mortels, apparaissent a leurs yeux ! Aussitôt lameute contrebandière s’éparpille en tous sens pour éviter les dangers qu’elle pressent.Chaque chien en cet instant critique fait un appel a toute son intelligence alin de segarantir du lacet et du chien dressé pour le saisir. Il doit surtout reculer devant legigot de mouton et fuir devant la chienne coquette; embûches pour lui les plusdangereuses qui lui soient tendues par les douaniers. Malheur alors à l'inexpérienceet à l’extrême sensibilité! car en écoutant trop ou la faim qui les presse, ou les séduc-tions du sentiment, les imprudents sont atteints par un plomb meurtrier. Le plusgrand nombre passe cependant sain et sauf, et se trouve au bout de deux heures ras-semblé au gîte si désiré. Huit jours après, c’est à recommencer.
Ainsi équipés, plusieurs milliers de chiens franchissent la frontière du dépai lemendu Nord, précédés et suivis de piqueurs stimulant les uns, ralliant les autres etcontenant l’ardeur des téméraires.
Il est bien entendu que dans le choix des chiens contrebandiers doit présider uneprédilection particulière pour les chiennes, comme inaccessibles aux tentationsdes A nmd es de leur espèce. On tient aussi, indépendamment de la préférence tou-jours accordée aux dogues, a les avoir de taille moyenne et hauts sur pattes. Cettecondition a pour objet d’empêcher les harnais dont on les couvre de traîner à terrecf de gêner leur course. Enfin, pour que leur queue ne puisse faire un pavillon dé-nonciateur au milieu des blés ou des prairies, on a grand soin d’en priver les chienscontrebandiers.
Comme on le voit, le procédé est des plus simples, et n’exige ni grands soins nilongues études pour façonner tous les Azors du monde a la contrebande la plusexpérimentée. Faut-il s’étonner après cela que des gens aient imaginé d’en faire un
métier tout spécial, et que dans le bourg de S.il y ait un marché où se vendent
cl se marchandent publiquement des chiens dressés à la fraude !
Quittons enfin le département du Nord , et rendons-nous dans les montagnes duJu ra, où la passion de la fraude était naguère endémique , si bien que ne pas êtrecontrebandier faisait presque tache dans le pays. Les choses n'en sont plus l'a main-tenant, et quoiqu’un assez grand nombre d’individus prennent encore parta lacontrebande, il s’en faut bien qu’elle soit aussi profondément enracinée dans les