Band 
Province. Tome premier.
Seite
67
JPEG-Download
 

LUS FORÇATS. «7

•Mail suivie de l’appel ; puis, sur l’ordre du capitaine de l'escorte, tous se dépouil-laient de leurs vêtements pour endosser leur costume de route.

Une chaîne était rangée derrière chaque cordon futur. Dans les anneaux de cettechaîne, qui devait réunir vingt-deux forçats, étaient enfilées vingt-deux autreschaînes du poids de huit livres, terminées par un carcan d’un pouce d’épaisseur.Ue carcan était aussitôt passé au cou de chaque condamné. Les deux pièces qui lecomposaient, unies en devant par une charnière, étaient fermées par un boulonde fer qu’un nrtoupan (chef des gardes), transformé en forgeron, enfonçait etrivait à coups de masse, 'a l’aide d’une enclume volante que supportait un autregarde.

Ainsi ferrés, après une touchante allocution que leur adressait l’aumônier de laprison, et qu’ils écoulaient sans recueillement, les condamnés allaient prendreplace un instant sur les bancs adossés aux murs; et la, quelques-uns avec deslarmes sincères dans les yeux, quelques autres avec le masque du repentir surla figure, le plus grand nombre avec une effronlerie fanfaronne, ils soutenaientles regards, les questions, les consolations, les conseils des philanthropes et des cu-rieux admis a les visiter; et, dès que ceux-ci s’étaient retirés, ils faisaient retentirl’air de leurs chants. Quelquefois même, la contagion de l’exemple gagnant les•Moins corrompus, les plus forts entraînant les plus faibles, ils se donnaient la•nain, et dansaient tous ensemble jusqu’au soir, dans un galop frénétique, la ronde•lu sabbat.

Leurs éclats de rire, leurs quolibets, leurs chants, leurs basphèmes se pro-longeaient durant toute la nuit, qu’ils passaient dans les corridors de la prison, éten-dus sur un peu de paille ; et de celle foule en fermentation, qui, ne pouvant dormir,s’étourdissait à force de bruit, jaillissait souvent une poésie immonde, le chant dulendemain, le refrain du départ.

Voici le refrain du chant de 1856 :

$

ja - - mais je re-viens des ga - - lè - res, Je veux,tr ' tr

mis, re - ve *nir mil-lion - nai-re Je veux, a - - mis, re - ve - nir million - nai - ru.

Mais tous leurs chants n’étaient pas une menace contre la société, comme celuide 1856; ni un cri de triomphe, comme celui de 1855, où la chaîne se représentaitallant au bagne ainsi qu’on marche à la victoire. Dans leurs refrains n’eclataientPas toujours avec la même hauteur d’impudence, entre mille autres impuretés, ni cedévreux mépris de l’opinion, ni ces aspirations bruyantes vers une corruption plusperfectionnée. On en peut juger par la dernière de leurs inspirations qu’ait citée la