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Province. Tome premier.
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LES FOKÇATS. «9

Le lendemain, dès la pointe du jour, les condamnés, placés par cordon sur delongs chariots découverts, les jambes pendantes et le corps à peine lixé parune corde a hauteur d’appui, débouchaient, toujours chantant, riant et blasphémantdans l’avenue de Bicêtre, où les attendaient, l’insulte à la bouche, cinq a six millecurieux de tout sexe et de tout âge, accourus de tous les points du faubourgSaint-Marceau. Vingt-cinq gardes à pied, le sabre au côté, la carabine chargée surl’épaule, et une forte brigade de gendarmerie, composaient leur escorte. Cette hi-deuse caravane emportait avec elle tout ce qui pouvait lui être nécessaire pourla route : ustensiles, vivres, fers, etc., etc. Elle se traînait péniblement pen-dant sept a huit lieues par jour, faisant des haltes fréquentes, couchant sur laPaille, et se grossissant de tous les criminels que lui devaient les prisons dépar-tementales.

Un spectacle dont aucune parole humaine ne saurait exprimer l’horreur, étaitcelui que présentaient les clin/nes au terme de leur voyage. Figurez-vous cenlcinquante ou deux cents misérables, plus ou moins, suivant que les semences ducrime et la récolte de la justice avaient été abondantes, demi-nus ou couverts deSuenilles fétides, le cou pris dans des liens de fer, amaigris, exténués par les pri-vations d’une dure captivité et les fatigues d’une longue roule ; quelques-uns baissantla tète pour cacher les larmes qui montaient de leur cœur à leurs yeux; quelquesautres, ceux dont les noms avaient sonné haut en cour d’assises, se dressant, histrionsimpurs, sur leurs charrettes, agitant leurs chaînes comme des trophées, et jetantavec des vociférations, des rires et des gestes obscènes, à la populace accourue de laville et des campagnes pour faire cortège à leur entrée, qui, son nom et son crimeou le crime et le nom de son voisiu; qui, un lambeau de ses haillons; et la po-pulace battant des mains comme au théâtre a celui-ci dont les cyniques fanfaron-nades l’égayaient; sifflant à outrance celui-là qui n’avait pas le courage de sai'onte après avoir eu celui de son crime; la populace prenait sa large part decr is, de rires, de blasphèmes, de menaces dans cette dernière orgie des passions•es plus effrénées et les plus lâches, les plus dégoûtantes et les plus atroces; danseette dernière insulte vomie par l’assassinat, le vol et la débauche h la face de la

société.

Après un quart d’heure d’arrêt sur les glacis de la ville, les hideuses charrettesPoursuivies jusqu’au bout par les rires, les huées et les imprécations de la foule,Se dirigeaient lentement vers le bagne, dont les grilles se refermaient bientôt sur

elles

L’affreux spectacle dont nous venons de parler ne salit plus les yeux et les oreilles•h peuple. Les forçats aujourd’hui voyagent sans fatigue, sans scandale, sans dan-ser pour la société. Plus de communication entre eux ni avec la foule; plus‘•'évasion possible. Les onze cellules, bien séparées et bien closes, dont est percée''•lacune des voitures qui les transportent, sont de véritables cachots, et des cachotslui vont la poste. Entre l’arrêt et le châtiment il n’y a plus maintenant que l’intervalle‘• e quelques jours, de quelques heures. Les bancs de la cour d’assises et ceux du•'««ne se touchent.