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Province. Tome premier.
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de l’acier. Quaml le ferrage est terminé, les arrivants sont dépouillés de lotis leursvêlemmls, el soumis à une dernière et minutieuse inspection. On les rase, on leur,,( >upe les cheveux, on les lave a grande eau, on les fumige, el chacun d’eux se revêt""suite de la livrée du bagne, de cette tunique empoisonnée dont chaque pli cache'e germe d’une nouvelle dégradation morale. A celui-ci dont l’expiation est limitéeu cinq, dix ou vingt ans, le pantalon de toile ou de moui jaune, suivant la saison,I» casaque et le bonnet de moui rouge, et les souliers de cuir jaune, marqués aupoinçon des initiales T. F.; à celui-là dont l’enfer doit durer éternellement, dans cemonde, le même pantalon, la même casaque enrichie d’un collet et de deux pièces deoouleur jaune aux épaules, et le bonnet vert. A ce fidèle qui, aux applaudissements des es disciples, rentre en triomphateur, après une année d’aventureuses excursions sousun soleil libre, au giron de celle synagogue du vol el de l’assassinat, dont il va de-venir l’un des grands prêtres, la distinction d’un collet et d’une manche jaunes ; a cemonstre enfin qui n’a plus dans la tête et le cœur qu’une pensée, la vengeance, qu’unospoir, le bourreau, el qui a laissé transpirer cette pensée et cet espoir, l’illustration( 'e deux manches jaunes et d’un bonnet vert; et après quelques jours de repose!d’un régime rafraîchissant, la répartition dans les salles, l’accouplement et la fatigue.

ha population des trois bagnes existant en France , était de 11, f S0, en 1821 ; elle"est plus que de ti,500 ; aujourd’hui 900 condamnés subissent leur peine a Roche-lui t,, 2,400 à Toulon, 5,000 a Brest. Le bagne de Brest , qui est le plus considérable.Pusse aussi pour être le mieux entendu. Nous le prendrons pour type.

Ce bâtiment, d’une architecture sévère et imposante, a deux cent soixante mètresde long sur vingt-cinq de haut, et se divise, du rez-de-chaussée aux combles, en sixgrandes salles, que commande un pavillon central. Deux autres pavillons, affectésau logement des chefs et sous-chefs de la chiourme, s’élèvent a chacune de ses extré-mités. IJn mur de refend, percé, de quatorze en quatorze pieds, d’une large ouverturee " arcade, faisant face a une fenêtre, partage ces salles dans toute leur étendue. Au e mur, dans l’épaisseur duquel sont pratiquées des cuisines, des fontaines, des ta-vernes, des fosses d’aisance, s’adossent, à droite et à gauche, les tolanls ou lits devamp. Chaque salle peut contenir 800 hommes; chaque tolard eu reçoit vingt-'piatre. Les salles sont éclairées pendant la nuit par un nombre de réverbères égala celui des fenêtres. La vaste grille de fer qui en ferme l’entrée en rend la sur-veillance facile; et au moyen de meurtrières et d’embrasures habilement ménagées,Pour le jeu de la mousqueterie et de l’artillerie, on y peut, en cas de révolte, opérer"ne répression immédiate.

La vie active des forçats commence a cinq heures en été, h sept heures et demie"" hiver. Un. coup de cloche leur donne le signal du réveil. Alors, au morne silence'l"i pesait sur les salles, succède tout â coup un affreux cliquetis de chaînes qui semêlent et s’entrechoquent, une rumeur confuse et sourde, assez semblable au bruit'I un orage éloigné .qui approche. Les condamnés se lèvent; les gardes s’empres-Se "t autour d’eux, s’assurent que tous sont présents, que leurs fers sont en bon état,,es détachent de la grande chaîne ou filet de ramas qui, durant la nuit, borde tousle * loin rds ; et aussitôt que les salles sont balayées, el qu’ils ont reçu leur déjeuner.