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Province. Tome premier.
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LES KOltÇATS.

leur conduite, longuement témoigné de leur résignation eide leur repentir. Mais detoutes les places dont la libre disposition est laissée a l’administrateur en chef, laplus ardemment convoitée, disons-le vite, car on se sent froid au coîur'a cette idée,— est celle de bourreau ! lîien terrible est cependant la responsabilité qui pèse surcelui qui l’occupe : la baine qu’il inspire est si profonde, et la haine au bagne est siprès de l’assassinat ! Exempt de la chaîne, le bourreau l’est également de tout travailétranger a son horrible ministère. Que son regard inquisiteur recherche ou devinedans quelle partie du corps un condamné suspect peut avoir caché des instrumentsd’évasion; que la corde à nœuds dont l’arme la justice fasse jaillir à Ilots le sangdes épaules déchirées du patient qu’on lui jette ; que le couteau légal, bien graissé etbien affilé, glisse sans effort dans la double rainure de la guillotine, dont l’entretienle regarde, et pour lui tout est dit : il n’a plus qu’a se croiser les bras. Une sommede 15 francs lui est allouée pour chaque tète qu’il coupe, et de 5 francs pour chaquecondamné qu’il expose ou dont son fouet impitoyable met les reins en lambeaux.C’est dans ces deux dernières vacations, très-souvent payées, que consiste le plusclair des revenus de sa charge.

Le bourreau couche dans la salle des invalides.

11 est bien rare qu’il meure dans son lit.

La surveillance des forçats, dont la compagnie des pertuisaniers était chargéedans l’origine, est confiée depuis 4X12 a des agenls particuliers, appelés gardes-chiourmes. Les gardes-chiourmes sont organisés militairement; leur solde est de00 centimes par jour. Ils se recrutent exclusivement par l’engagement volontaire.La prime d’engagement est de 40 francs. Leur costume est bleu, à boutons d’ar-gent; leur armement se compose d’un sabre briquet et d’une carabine. Us se divi-senten agents de police et de surveillance intérieure, et en gardes proprement dits.Leurs chefs portent, suivant leur grade et leur emploi, les différentes dénominationsde côme ou comité, argousin ou adjudant, sous-côme ou sous-comite, sous-ar-gousin ou sous-adjudant, et entin celle de caps; et ils relèvent de l’autorité im-médiate d’un officier supérieur de vaisseau ou du commissariat de la marine.Chaque garde a dix forçats sous sa surveillance. Le rôle qu’ont a remplir lesemployés de la chiourme est pénible, difficile, dangereux. Un courage infatigable,une moralité a toute épreuve, un profond amour de la justice, une grande pénétration,une incessante activité de corps et d’esprit, sont les rares qualités qu’il exige. Ces qua-lités, les rencontre-t-on dans les agents? Non; les uns, parmi eux, plus soucieux defrapper fort que de frapper juste, poussent la sévérité, pour montrer leur zèle, jusqu’ilses plus extrêmes limites, et de surveillants se font bourreaux; ceux-ci, sacrifiant leurdevoir a la loi de leur conservation, se ferment les oreilles et les yeux pour n’en-tendre ni voir ce qui se dit ou se passe autour d’eux; plus coupables encore, ceux-là trafiquent honteusement de leur position ; et au lieu de réprimer les délits, lesvols, les désordres dont ils sont les témoins; de. s’opposer aux évasions dont ilssavent les moyens, le lieu, le jour et l’heure, ils en facilitent la réussite par unecriminelle complicité. Le tribunal maritime n’a-l-il pas eu récemment a condamnerun garde qui, possesseur d’un nombre considérable de feuilles de roule qu’il avait