LES FORÇATS.
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<!érobées dans les bureaux et revêtues du cachet de l’administration, les vendait•'>0 francs chacune aux condamnés?
La profonde démoralisation de la plupart des agents inférieurs du bagne, la cra-puleuse débauche dans laquelle ils vivent, leur contact de tous les instants avec lesforçats, leur participation fréquente, comme receleurs surtout, aux vols journellementcommis par eux dans l’arsenal, les ont tellement déconsidérés dans l’esprit public,qu’une partie de celte déconsidération a rejailli sur leurs chefs, hommes cependant deprobité, d'honneur et de courage. Défense expresse est faite par certains chefs de corps,sinon par tous, aux sous-officiers et soldats de leurs régiments, d’entretenir, sous peinede huit jours de salle de police pour les délinquants, aucune relation de plaisir oud’amitié avec les gardes-chiourmes. Quelle preuve plus décisive pourrions-nousdonner de la flétrissure encourue par ces agents, que cette mise hors le droitcommun. Nous ajouterons que dans le langage pittoresque des matelots et des sol-dats de marine, garde-chiourme est synonyme de traître. Porter un coup de garde-chiourme à son adversaire, c’est le démonter par un coup fourré. Disons-le donc,dans l’opinion de tous, le garde-chiourme et le forçat sont deux anneaux d’une mômechaîne; seulement l’un est de fer, si vous voulez, l’autre, de cuivre. Le cuivre vaut-il beaucoup plus que le fer ?
A l’époque où le moindre délit de chasse commis par un vilain sur une terre sei-gneuriale, le meurtre d’un pigeon ou d’un lapin était ou pouvait être puni de lacorde; où la loi, dans sa partialité Draconienne, prononçait contre le blasphéma-teur, à bord de nos navires de guerre, l’affreuse peine de la mutilation de la langue;a l’époque où la torture besognait en grand pour lu Justice , et faisait parler ladouleur; les punitions employées au bagne ne pouvaient, on le conçoit, manquerd’avoir un caractère d’horrible barbarie. Il n’était pas rare alors que le forçat, ac-cusé ou coupable, expirât sous le bâton du pertuisanier; et les innocents n’étaientpas plus nombreux dans les cliiourmes que les têtes sans nez ou sans oreilles; queles corps éprouvés par les verges, mutilés par le fer et le feu.
Les seules punitions en usage aujourd’hui sont : pour les infractions a la disci-pline : la privation temporaire de vin, les menottes, le cachot, le carcan, la baston-nade et la double chaîne;—pour les délits justiciables du tribunal spécial maritime :cvasion, trois ans de plus pour les condamnés à temps, trois ans de double chaînepour les condamnés a vie ; assassinat, peine de mort.
Le tribunal, présidé par l’amiral préfet maritime, se compose de deux capitaines devaisseau, d’un ingénieur et d’un commissaire de la marine. Ses jugements sont sansappel, et exécutoires dans les vingt-quatre heures.
Les cachots du bagne sont pratiqués à dix ou douze pieds sous terre. Etroits,humides et sombres, ils rappellent les vade in pace de l’Inquisition . Plusieurscondamnés s’y trouvent quelquefois entassés dans un horrible pêle-mêle. LesRiains et les pieds serrés dans des entraves de fer, ils ont le cou pris dans un collierJe force, duquel part une chaîne grosse et courte dont le dernier anneau est scelléJans la muraille. Assis sur un peu de paille infecte, ils se tiennent appuyés au mur,e| de temps en temps ils s’agenouillent ou s’étendent sur le dos pour délasser un
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