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ses piqûres incessantes, ira réveiller les mauvaises passions endormies dans soncœur. Celte arme sera le sentiment de méprisante répulsion qu’il lira sur tousles visages, et contre lequel viendront l’une après l’autre sc briser toutes sesdémarches. La jeune épouse dont les ruineuses fantaisies l’auront, seules peut-être, — cela s’est vu, — poussé, lui honnête jusque-là quoique pauvre, à tenter lafortune par des moyens criminels ; celle femme à laquelle il a tout sacrifié, bon-heur, repos, considération, quand viendra l’heure de sa délivrance, il la retrouveradans les bras d’un autre, et la loi sera pour elle ! Ses enfants, s’il est père, s’éloi-gneront de lui avec horreur, car il leur aura fait la vie amère et douloureuse. Onplaint le fils d’un guillotiné ; le rire et l’insulte se taisent devant une tête qui tombe;mais pour le fils d’un forçat, il n’est plus ni affections, ni relations sociales. Sansfamille, il sera aussi sans nom; on ne l’appellera plus que le forçai. Qu’à force deprières et de malheurs, il obtienne de la commisération d’un fabricant le droit degagner sa vie à la sueur de son front, un vide se fera autour de lui sitôt qu’il pa-raîtra; autour de lui veilleront la méfiance et le soupçon; si une parole frappe sonoreille, cette parole sera une accusation ou une injure. Alors, un jour arrivera oùsa patience se trouvera à bout, où un éclair s’allumera dans ses yeux, où un cou-teau se rencontrera sous sa main, et le sang coulera!.... Encore, s’il pouvait,comme le maudit de l’Ecriture , en marche pour l’éternité, passer sans s’ar-rêter à travers les villes et les bourgades, inconnu à tous comme tous lui sontinconnus! Mais pour lui, de par les gendarmes, l’univers est circonscrit dansun espace de quelques lieues; pour lui l’horizon est la limite du monde.
Que conclure maintenant de ce que nous venons de dire, si ce n’est que l’uni-verselle réprobation dont est frappé tout bomme qui a porté la livrée du bagne,implique pour lui l’horrible alternative de mourir de faim, s’il veut rester honnête,ou de s’approprier par adresse ou par violence le bien d’autrui, s'il veut vivre. Levol et l’assassinat sont presque la conséquence forcée delà position désespérante,impossible, que leur fait la société. Étonnez-vous après cela que le nombre des ré-cidives soit si considérable !
La nécessité où sont la plupart des forçats libérés de risquer chaque jour, celui-ci,sa liberté, celui-là, sa tête, pour se procurer des moyens d’existence qu’ils ne peuventou ne veulent pas trouver dans le travail, explique leur prédilection toute particulièrepour Paris . Ce n’est en effet que sur ce vaste théâtre, foyer toujours actif de démoralisa-tion; ce n’est qu’au milieu des crimes ténébreux qui s’y cachent, n’ayant sou vent d’échoque dans la conscience decelui qui les commet, et des vices dorés qui s’y étalent effron-tément au grand soleil, que ces lépreux de notre ordre social peuvent, avec quelqueschances d’impunité et de réussite, tenter l’épreuve hardie des hideuses théories qu’ilsont ramassées dans les égouts du bagne. D’où suit que celui qui ne peut obtenir de lapolice l’autorisation de résider à Paris , n’a rien de plus pressé que de rompre sonban pour venir respirer l’air empoisonné de cel Eldorado de la libération. One foisqu’il en a franchi les barrières, il ne perd pas son temps en projets, en rêves ; le forçaiest peu méditatif de sa nature. Chez lui l’idée aboutit vite au fait. Res, non verha, telleserait la devise de ses armoiries — s’il avait des armoiries — qui pour emblèmes par-