!)2
MiS EORÇATS.
dans ce monde impur des forçais el des prostituées comme partout ailleurs, ne sefaisait l’active pourvoyeuse de lu justice. Une trahison punit une infidélité, lit quellepunition parfois! pour un baiser surpris, une tête qu’on coupe !
Autrefois les rues de Brest retentissaient journellement d’un horrible bruit dechaînes, mêlé d’imprécations et de rires cyniques. On avait imaginé, toujours dansun but d’économie, d’affecter les forçats aux travaux d’utilité publique, et le bagneétait devenu une sorte de bazar où messieurs les chefs de la marine se procu-raient sans bourse délier, des esclaves laborieux et dociles sous peine de la doublechaîne et du bâton. Bien plus, les quelques spécialités scientiliques, artistiqueset littéraires qu’il renfermait, étaient exploitées par les habitants au profit de l édu-cation de la jeunesse. Le bagne s’était transformé en une académie de professeurs debelles-lettres et de mathématiques, de maîtres de danse, de musique, d’escrime, etc.Justice a été faite enfin de ces scandaleux abus, et les forçats ont aujourd’hui pourlimites renceinte de l’Arsenal.
Indépendamment d’une nourriture suffisante et d’une ration de vin, le gouverne-ment accorde un léger salaire aux forçats qu’il emploie a différents titres dans le port,dans les hôpitaux de la marine, dans les bureaux de l’administration, au cabinet d’his-toire naturelle et au jardin botanique. Mais les condamnés a la double chaîne, mais lesconvalescents qui demeurent tout le jour enchaînés â leurs tolards ou parqués dansleurs salles, seraient réduits au plus strict nécessaire, si le besoin, ce père de l’in-dustrie, ne leur donnait le courage d’entreprendre, presque sans outils, mille petitsouvrages, et le talent de les exécuter de manière à contenter les plus difficiles.Des bagues et des chaînes en cheveux ; des étuis, des blagues, des porte-cigare, desrouleaux de serviettes, des coquetiers et des tabatières en coco, d’un travail de cise-lure souvent admirable ; des navires de guerre tout gréés et armés de leurs canons,des boîtes en bois blanc, ornées de glaces, et revêtues intérieurement et extérieu-rement de paille, dont les brins, différents de forme et de couleur, reproduisentpar leur ingénieuse disposition les dessins les plus variés : des fleurs, des cœurs en-flammés, des trophées de chasse, des colombes se becquetant, des paysages, dessujets de chevalerie et de religion ; tels sont les divers ouvrages, chefs-d’œuvrepour la plupart de patience et d’habileté, qui sortent journellement des mainsdes condamnés pour passer à vil prix dans celles des nombreux curieux qui lesvisitent.
En 1828, une ordonnance avait prescrit la répartition des forçats d’après la duréede leur peine. Brest et Rochefort recevaient les condamnés â plus de dix ans ; Tou-lon , les autres. En vertu de la même ordonnance, des catégories de moralités, pré-sumées ou reconnues, avaient été établies dans les bagnes, et les forçats se trou-vaient dispersés par groupes distincts dans les salles. Mais cette tentative de réformen’ayant donné aucun des bons résultats attendus, on a supprimé ces classifications.
D’après l’ordonnance de T 836, qui a rétabli les choses sur leur ancien pied, lescondamnés à temps et a perpétuité sont confondus ensemble, sans autre règle derépartition que les distances à parcourir et les besoins actuels du service des ports.
Au bagne, tout est particulier, exceptionnel. L’homme y est ravalé au niveau de