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LE VICAIRE UE PROVINCE.
conscience. Il promet d’y réfléchir dans la journée, et de leur rendre réponse, lesoir, au confessionnal. Si la décision leur est contraire, les dignes femmes se taisentet soupirent; si le jugement s’accorde avec leurs désirs, elles se taisent encore,elles affectent une gratitude modeste et tranquille. Mais un jour, en rentrant chezlui, le sage directeur qui les a secourues de ses conseils, voit étalés sur un meuble,à l’endroit le plus clair de l’appartement, ou un calice en vermeil, ou une aubeornée de dentelles, qu’on dirait ouvrée par des doigts de fée, ou une superbe cha-suble de moire brodée d’or. Il ne peut refuser, car la vieille gouvernante qui règne aupresbytère, se pique surtout de réserve et de prudence; et il ignore de quelle mainpart le cadeau. Puis, ce sont des dîners en ville, chez les sommités de la noblesse etde la bourgeoisie ; des réunions dont il fait le charme par la délicatesse de son esprit,la variété de ses connaissances, l’amabilité de son caractère. Il se montre la hommedu monde, sans contrainte, sans pruderie. Nul sujet de conversation ne lui est étran-ger. La lecture des pères de l’église n’absorbe pas seule ses loisirs; l’amour de lascience ne domine pas a tel point toutes ses facultés, que la littérature lui soit odieuse.Vous ne chercheriez pas longtemps sur son bureau, sur les tablettes inférieures de sabibliothèque, sans découvrir un Lamartine in-18 dans son étui de velours, les pre-mières odes d’Hugo, les premiers ouvrages de Lamennais, Alalaet Renée n un seulvolume, le Lépreux de la cité d’Aoste de De Maistre , et jusqu’à un tome dépareillédes romans de madame de Staël. Ne vous imaginez pas même que les femmes dédai-gnent son opinion sur leur toilette, ni qu’il rougisse aucunement de la dire : souventson goût fait loi. Il ne recule pas même devant une discussion philosophique avecles hommes; et si quelqu’un lui parle malicieus ment de la grande encyclopédiede Diderot ou du dictionnaire si hostile de Voltaire , il se rabat en souriant sur lepoème de la Henriade et débile, d'un ton d’onctueuse conviction , les quatre verssur l’Eucharistie .
Néanmoins, quelques succès qu’il obtienne dans le monde ou dans la’ chaire,quelques séduisantes distractions que lui offre l'étude, ses heures les plus doucessont celles où, seul, abandonné il lui-même, il se laisse aller nonchalamment sur lapente de la rêverie. Oh ! de quelle ineffable lumière l’horizon se colore alors à sesyeux, et quelles visions attendrissantes glissent dans l’espace enchanté ! L'a, c’est samère agenouillée au pied de l’autel pour recevoir la communion des mains de sonenfant, le jour a jamais précieux à son souvenir où il dit sa première messe; la, sonpauvre père expirant absous par lui de ses fautes, et d’un baiser suprême effleurantses doigts encore humides des saintes huiles. Puis, sa mémoire, sans effort, creuseplus avant au fond de lui-même. Il songe au trouble cruel qui faillit glacer sa langueà son premier sermon; lui qu’intimide a peine maintenant l’assemblée la plus im-posante, et qui a même, un dimanche, dans la cathédrale du diocèse, eu l’honneur deprêcher devant monseigneur l’évêque. Il se rappelle l’émotion singulière qu’iléprouva, et quelle honte honnête enflamma son visage, le premier soir, où, courbéa la grille d’un confessionnal, les révélations les plus secrètes lui dévoilèrent le forintérieur d’un de ses semblables. La société commence de lui apparaître sous sesfaces les plus mobiles. Il se sent confusément, vis-a-vis de bien des gens et de bien